Pour sortir de la crise… [série spéciale Catalogne]

Dans l’article de Wikipédia consacré à l’Espagne, les auteurs notent qu’après la défaite de l’Invincible Armada la diversité des territoires réunis sous un même sceptre ne correspond à aucun sentiment national commun. La cohésion est forcée par une puissance militaire sans égale en Europe, mais qui absorbe une partie trop importante des ressources financières et humaines.

Il n’est pas certain que les habitants de la Castille, du Léon, de la Catalogne, de la Galice et d’Andalousie, du Pays basque ou des Asturies, d’Aragon et d’Estramadure aient aujourd’hui un sentiment national commun en dehors des périodes de Coupe du monde de football.

C’est pourquoi les velléités indépendantistes d’une partie de la population catalane doivent être prises au sérieux, et ne sont pas le fait, comme le croit l’éditorialiste de l’hebdomadaire Rivarol, d’une clique de trublions gauchistes.

Dans l’état actuel du droit espagnol, la proclamation de l’indépendance par le parlement catalan serait illicite. La Constitution de 1978 n’a pas prévu cette hypothèse, qui supposerait donc une modification constitutionnelle soumise, bien entendu, à l’approbation de tous les Espagnols.

Le droit actuel reconnaît déjà dix-sept régions autonomes, et trois nationalités, parmi lesquelles la Catalogne. Dans la mesure où on admet que la Catalogne, comme la Galice et le Pays basque, sont des nations, il devrait être possible de bâtir une Espagne nouvelle, pourvue d’une nouvelle constitution, et qui ferait d’elle un Etat fédéral sur le modèle de la Suisse.

On en profiterait pour se passer de la monarchie, dont le représentant actuel a démontré qu’il était parfaitement inapte à exercer la fonction de modérateur et de rassembleur qu’on devait attendre de sa part. Son intervention au moment du référendum réprimé avec une brutalité inouïe fut un modèle de bêtise aux accents franquistes. La condamnation du référendum était attendue de M. Rajoy, mais le roi devait se taire.

Bien des gens sont convaincus qu’un micro-Etat ne serait pas viable. Il y a pourtant dans le monde trente et un micro-Etats qui comptent moins de 500'000 habitants, sans compter les cantons suisses, qui sont la démonstration inverse. Chaque canton a tous les attributs d’un Etat: il a sa constitution, il prélève l’impôt, il a sa police et la maîtrise de l’école. Il ne confie à la Confédération que des compétences limitées (défense armée des frontières externes, par exemple).

Chaque fois qu’on a rêvé d’une structure plus grande, avec des compétences plus larges, on a échoué: l’URSS s’est effondrée et l’Union européenne va très mal, même si le personnel politique peine à l’admettre.

Pour sortir de la crise institutionnelle qui couve en Espagne, proposons-lui une nouvelle constitution sur le modèle de la nôtre!

Claude Paschoud

Thèmes associés: Histoire - Politique internationale

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