Editorial

Le maintien de l’indépendance et de la neutralité est une tâche inscrite depuis longtemps dans les attributions du Parlement1 et du Conseil fédéral2, mais les notions mêmes d’indépendance et de neutralité ne sont pas comprises par tout le monde de la même manière.

La Suisse ne fait pas partie de l’OTAN, mais elle participe activement à ses œuvres, grâce au programme du Partenariat pour la Paix (PpP), qui est l’une des fausses barbes de l’OTAN, et par sa participation à la KFOR dans un Kosovo pourtant pacifié depuis longtemps.

On se souvient que cette force d’intervention avait été décidée par la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU en juin 1999, lequel n’avait pourtant pas autorisé les frappes contre la Serbie. Le cadre juridique de cette KFOR est dès l’origine hautement opaque, si l’on en croit Wikipédia3 et il semble que le contrôle judiciaire de ses missions soit laissé à la seule discrétion des Etats participants.

En 2013, la France a quitté la KFOR, et l’Allemagne prévoit de fermer le camp de Prizren à la fin 2018 et de retirer les troupes qui y sont stationnées, nous apprend notre excellent confrère Notre Armée de milice4.

Or, comme la plus grande partie du contingent suisse se trouve précisément dans ce camp, on aurait pu s’imaginer que le Conseil fédéral saisisse l’occasion de cette mutation pour analyser à nouveau l’opportunité de notre maintien dans cette mascarade. L’occasion était rêvée de rapatrier notre contingent.

C’eût été trop simple. Le Conseil fédéral s’est donné pour tâche de rechercher un nouveau site pour recevoir les militaires, leur équipement ainsi que l’infrastructure permettant leur mission. Il a donné au Département de la défense l’autorisation de renforcer le contingent suisse au Kosovo (Swisscoy) en le dotant de trente-cinq militaires supplémentaires jusqu’à fin mai 2018.

C’est une bonne illustration du Principe de Peter, dont l’auteur avait découvert que le Ministère anglais des colonies n’avait jamais compté autant de fonctionnaires qu’au moment où le Royaume Uni avait perdu sa dernière colonie.

Si le Parlement et le Conseil fédéral considèrent que l’indépendance de la Suisse et sa neutralité ne sont pas des mots creux, des vieilles lunes obsolètes, des notions fleurant la naphtaline et les discours patriotiques du temps de grand-papa, alors il serait temps de se dégager du Partenariat pour la Paix (officine qui dépend de l’OTAN), de la KFOR et de ses œuvres, de rappeler les militaires qui pantouflent dans la Swisscoy, d’abroger la loi fédérale sur l'application de sanctions internationales5 et toutes les ordonnances fondées sur elle.

Dans un autre registre, et pour maintenir l’indépendance alimentaire de la Suisse, il faudra, le plus tôt possible, chasser M. Johann Schneider-Ammann du Conseil fédéral et accorder à notre agriculture les protections et soins qu’elle mérite.

Claude Paschoud

 

1 aCst art. 85 chi 6; Cst art. 173 lettre a.

2 aCst art. 102, chi 9: Cst art. 185 al. 1.

3 Marc Guillaume, Gilles Marhic et Guillaume Etienne: Le cadre juridique de l’action de la KFOR au Kosovo, Annuaire français de droit international, volume 45, 1999,  pp. 308-334.

4 NAM n° 08, octobre 2017, page 18.

5 Loi du 22 mars 2002 sur les embargos (LEmb RS 946.231).

Thèmes associés: Armée - Economie - Politique fédérale - Politique internationale

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