Il n’y a plus de prisonniers politiques

Plusieurs meneurs et responsables des mouvements indépendantistes catalans ont été arrêtés par les autorités espagnoles et inculpés pour «sédition» et autres griefs du même genre. Ils se sont aussitôt proclamés «prisonniers politiques», ce qui constitue une rhétorique politique assez habile, peut-être légèrement opportuniste, sans être pour autant dénuée d’un certain fond de vérité.

Mais n’est pas prisonnier politique qui veut. Les autorités européennes, qui craignent les manifestations identitaires susceptibles d’échapper à leur contrôle, les organisations spécialisées dans le soutien aux prisonniers politiques politiquement corrects, de même que la diaspora espagnole, qui occupe en permanence les réseaux sociaux, ont immédiatement et virulemment contesté cette qualification: les dirigeants indépendantistes catalans ne sont pas des prisonniers politiques, mais des détenus de droit commun tout à fait ordinaires; ils n’ont pas été arrêtés pour leur activisme politique, mais parce qu’ils ont enfreint les lois régulières de leur pays. Enfreindre les lois régulières du pays où l’on réside, ce n’est pas bien et cela justifie pleinement que ces personnes aient été arrêtées.

Peu importe ici que l’on soit favorable ou non à l’indépendantisme catalan. Ce qui est intéressant, c’est l’argumentation présentée. Celle-ci ouvre des perspectives insoupçonnées.

Car enfin, on peut deviner que les opposants politiques incarcérés en Corée du Nord, en Chine communiste, au Venezuela, dans la Turquie d’Erdogan, dans la Syrie d’Assad ou dans la Russie de Poutine, ou autrefois à Cuba sous Castro, en Irak sous Saddam ou en Union soviétique sous Staline, bref, dans n’importe quel Etat dirigé par un régime dictatorial ou décrié comme tel, que ces opposants politiques, donc, ont tous enfreint l’une ou l’autre loi répondant à tous les critères constitutionnels, régulièrement votée par un organe législatif et punissant de manière tout à fait légale la contestation du pouvoir ou du régime politique. En vertu du raisonnement évoqué plus haut, ces gens ne sont pas des prisonniers politiques mais de simples détenus de droit commun qui, dès lors qu’ils ont enfreint la loi, méritent pleinement les sanctions qui leur ont été infligées.

De fait, nous ne sommes pas loin de partager cette interprétation: quiconque désobéit à une loi, fût-ce pour une bonne cause, doit s’attendre à ce que cette désobéissance soit sanctionnée. Il est légitime qu’on tente d’échapper à la sanction, mais il est absurde de contester la légitimité de celle-ci. On ne peut pas prétendre lutter pour ses convictions tout en reprochant à son adversaire de lutter pour les siennes.

Pour autant, la conclusion logique qu’implique cette argumentation est assez cocasse; car on peut ainsi quasiment affirmer qu’il n’existe aucun prisonnier politique sur toute la Terre, même en Corée du Nord, mais seulement des gens qui, tout en sachant à quoi ils s’exposaient, ont choisi de ne pas respecter la loi. Et si la loi est dure, ce n’en est pas moins la loi.

Ainsi, Amnesty International, en vertu même de l’argumentation qu’elle a invoquée dans le cas catalan, n’a plus guère de raison d’exister.

Pollux

Thèmes associés: Justice - Politique internationale

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