No Billag

Au moment même où se prépare la votation sur l’initiative No Billag, le président de Radio France Mathieu Gallet déclare qu’il souhaite la création d’une redevance universelle, c’est-à-dire d’une taxe payée par tous, y compris par ceux qui n’ont pas de téléviseur.

La question fondamentale est ainsi posée: les chaînes de télévision doivent-elles être considérées comme un service public indispensable, comme le sont les services de sécurité ou de défense incendie, comme l’instruction obligatoire ou comme les services sociaux?

Les bénéficiaires de la manne étatique, radio et télévision d’Etat, journaux subventionnés, plaident bien évidemment que les services qu’ils rendent, l’information qu’ils diffusent, sont indispensables au bon fonctionnement des institutions.

C’est vrai en partie, et les éditeurs ont raison de rappeler que la recherche de l’information et sa diffusion ne sont pas des activités sans coût. Il n’y a pas de déjeuner gratuit est une maxime que doit rappeler à ses étudiants tout bon professeur d’économie. La sagesse populaire sait aussi que le bon marché est souvent trop cher.

Quelle est la valeur des informations diffusées par un quotidien gratuit, à savoir financé par les annonceurs? Ces informations doivent évidemment ne pas contrarier leurs intérêts commerciaux et baigner dans une sauce de politiquement correct.

Toute investigation sérieuse, tout commentaire intelligent sont évidemment exclus dans un support que le consommateur ne paie pas. Mais la plus grande partie de la population n’en demande pas tant. Elle se satisfait des platitudes de 20 minutes et, parce qu’elle s’acquitte de la taxe à Billag, elle suit les nouvelles lues par Darius Rochebin ou présentées par Gilles Bouleau ou Jean-Pierre Pernaut.

La direction de la SSR a senti venir une possible catastrophe: la perception de la redevance ne sera plus confiée à Billag, qui dépense cinquante-quatre millions pour son propre fonctionnement, mais à une autre entreprise, qui se contentera pour le même service de trois fois moins! Cela pourrait induire une légère diminution de la redevance.

Mais là n’est pas vraiment la question. L’Etat doit-il fournir à l’ensemble de la population une information et des émissions de divertissement quasi monopolistiques au même titre qu’il prélève les coûts de l’enseignement obligatoire sur les impôts de tous, même de ceux qui n’ont pas d’enfants?

La démocratie est un régime qui suppose que la vérité s’exprime par les suffrages majoritaires. Mon vote sera d’autant plus éclairé et pertinent que mon opinion se sera formée grâce à une information complète et objective, que seul l’Etat est capable de me fournir, grâce à la SSR. C’est en tous cas la thèse que la SSR tente de me faire croire.

Mais en matière d’information, de culture ou même de divertissements, je n’accorde aucune confiance ni à la SSR ni même à l’Etat, à ses services ou à son personnel politique. Je m’informe aux sources qui me conviennent, je m’abonne aux sites et aux publications que je choisis, je paie les abonnements aux éditeurs qui me fournissent un service que j’ai demandé.

Je ne regarde aucune émission sportive, je ne lis aucune page consacrée aux sports d’aucun journal et je suis consterné d’apprendre qu’une grosse partie de la redevance dont je me suis acquitté chez Billag depuis des années a servi à financer le séjour dispendieux de journalistes «sportifs» aux quatre coins du monde et les droits de diffusion de matches, de courses ou de compétitions dont le seul intérêt concret est de détourner l’attention du peuple des véritables problèmes.

Ce n’est pas nouveau: les empereurs romains du premier siècle avaient déjà compris ce qu’il fallait à la plèbe: panem et circenses.

Je suis favorable à une télévision à la demande, où le consommateur paie par tranche de temps ou par émission ce qu’il veut regarder. La SSR serait confrontée à la concurrence des chaînes privées comme Le Matin doit conserver ses abonnés face à 20 minutes. Il y aurait des chaînes consacrées aux sports et d’autres au théâtre ou à l’opéra, aux séries policières ou à la télé-réalité.

Je voterai OUI en mars prochain à l’initiative No Billag!

Raoul Valmont

Thèmes associés: Médias - Politique fédérale

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