En direct de la Catalogne occupée

Dans mon dernier article, j’avais laissé la Catalogne dans l’incertitude, avec les deux dirigeants des grandes organisations indépendantistes, ANC et Omnium, sous les verrous, et le gouvernement catalan en quête d’une médiation internationale qui n’avait pas l’air de vouloir se produire.

Depuis lors, les choses ne sont pas allées en s’améliorant. En désespoir de cause et afin de répondre aux attentes des électeurs qui avaient bravé les matraques le 1er octobre, la majorité indépendantiste du gouvernement catalan procédait le 27 octobre à la déclaration unilatérale d’indépendance.

Dans le même temps, le gouvernement espagnol du Partido Popular utilisait sa majorité absolue au Sénat pour faire valider son intervention dans la Generalitat et prendre les rênes de la Catalogne, jetant au passage la moitié du gouvernement de Carles Puigdemont en prison et lançant un mandat d’arrêt international contre l’autre moitié, dont le président, exilée à Bruxelles.

Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy devenait ainsi de fait le nouveau président de la Generalitat, mais il décidait de déléguer cette tâche à l’abominable Soraya Sáenz de Santamaria. La Catalogne se retrouvait donc ainsi dans la curieuse situation d’être dirigée par les membres d’un parti qui représente une force politique mineure dans la région. Fort heureusement, de nouvelles élections autonomes sont convoquées pour le 21 décembre et la campagne a commencé.

Afin de démontrer une fois encore à l’Union européenne l’importance de l’affaire, l’ANC et Omnium organisèrent le 8 décembre un déplacement massif à Bruxelles, afin d’apporter soutien et visibilité au président en exil. Quarante-cinq mille Catalans firent le déplacement de deux mille kilomètres pour défiler pacifiquement durant quelques heures dans les rues de la capitale belge. L’affluence fut telle que le parcours du cortège dut être modifié; une fois encore sans le moindre incident.

Le commentaire du porte-parole de l’UE Frans Timmermans qui, à la suite de la manifestation disait «(...) si vous n’êtes pas d’accord avec la loi, vous pouvez la contester ou vous organiser pour la changer. Par contre, il n’est pas permis dans l’Etat de droit d’ignorer la loi ou d’utiliser une expression démocratique pour l’ignorer», me fait sauter au plafond. D’une part, M. Timmermans démontre ignorer la réalité des procédures espagnoles, qui ne permettent pas de s’organiser au niveau d’une communauté autonome pour changer la Carta Magna du pays. Et d’autre part, on voit combien les politiciens professionnels finissent par se déconnecter de leur rôle premier, qui est d’être les représentants de leurs concitoyens, pour devenir des faiseurs de lois, à un point tel que certains se croient au-dessus de ces lois et les violent sauvagement pour leur profit personnel. L’expression démocratique est la forme première de la volonté d’une communauté de changer les règles et c’est donc la meilleure des raisons pour ignorer une loi déconnectée des réalités.

Nous verrons quels seront les résultats qui sortiront des urnes le 21 décembre prochain, mais si, comme certains sondages le laissent entrevoir, les indépendantistes renforcent leur majorité au Parlement catalan, la communauté internationale ne pourra pas continuer à se cacher derrière le légalisme formel cher à Mariano Rajoy, et devra une fois pour toutes faire un travail de médiation, afin que soit trouvée une solution politique et consensuelle à la question catalane.

Michel Paschoud

Thèmes associés: Politique internationale

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