Editorial

L’initiative Pour le remboursement des soins dentaires, sur laquelle les citoyens vaudois se prononceront le 4 mars, fait l’objet d’un débat animé, qui oppose, bien entendu, les gens de cœur et les vilains égoïstes, patrons et «riches» en tête.

Lancée par l’extrême gauche, qui, comme chacun sait, a le monopole des bons sentiments, cette initiative prévoit la mise en place d’une assurance obligatoire pour les soins dentaires de base et un dispositif de prévention en matière de santé bucco-dentaire, ainsi que la mise en place d’un réseau de policliniques dentaires régionales, le tout financé, «pour les personnes cotisant à l’assurance vieillesse et survivants (AVS) par un prélèvement analogue à celui de l’AVS et, pour les autres, par la politique sanitaire cantonale.» En clair, le financement sera assuré par un prélèvement (de plus) sur les salaires et sur les entreprises, ainsi que par les impôts.

N’allez surtout pas demander le pourquoi de pareille initiative et des coûts qu’elle va engendrer. On vous regardera de travers et on vous lâchera, en vous considérant d’un œil torve, le maître mot: solidarité! Vous qui n’êtes pas forcément très riches, mais qui payez vos impôts et vos autres factures ponctuellement; qui, toujours au nom de la solidarité, voyez vos primes d’assurance maladie grimper régulièrement; qui essayez de mettre un petit quelque chose de côté pour le cas où il vous arriverait un pépin non couvert par une assurance; qui, le cas échéant, reporterez à plus tard l’achat d’un nouveau téléviseur, conserverez votre voiture un peu plus longtemps que prévu ou raccourcirez vos vacances pour pouvoir payer votre dentiste, vous devez vous sentir solidaires du dix pour cent de la population vaudoise qui, selon les initiants, n’a pas les moyens de se payer des soins dentaires de base – il n’est pas question que l’assurance dentaire obligatoire vous offre un jour des implants ou des appareils dentaires.

Dix pour cent de la population vaudoise, ça représente environ 77'800 personnes1. On fera remarquer que ce pourcentage est sujet à caution, puisque «plusieurs études existent et aboutissent à des résultats de 3% [un peu moins de 23'350 personnes] à 20% [un peu plus de 155'650]»2.

 Mais ne cherchons pas la petite bête et faisons semblant de croire que les chiffres énoncés par la gauche dite radicale sont forcément exacts.

77'800 personnes privées de soins dentaires dans un canton prospère, dont le système d’aide sociale est généreux, c’est énorme; tellement énorme qu’on s’interroge: sur ces 77'800 personnes, combien auraient droit à une aide sociale qu’elles ne sollicitent pas? Combien sont victimes non pas de la pauvreté, mais de leur inaptitude à gérer leur budget? Combien prétendent manquer de moyens, alors qu’elles ont tout bêtement peur d’aller chez le dentiste ou que leur propre négligence les a placées dans une situation critique – n’est-il pas évident que si on attend, pour se décider à rendre visite à son dentiste, d’avoir des abcès ou des dents qui se déchaussent, la facture n’aura plus rien à voir avec le prix de «soins dentaires de base»?

Je ne conteste pas la nécessité de faire preuve de solidarité envers des gens qui sont dans la dèche sans que leur responsabilité soit engagée. Mais il n’y a aucune raison pour que des irresponsables profitent de la solidarité forcée de ceux qui se prennent en charge au prix, parfois, de sacrifices importants. Responsabilité et solidarité sont indissociables, faute de quoi on incite les gens à adopter une mentalité d’assistés, on encourage la gauche à exiger toujours plus de ponctions «en faveur des plus démunis», on appauvrit les salariés, on met en péril l’économie et on dévaste les finances publiques.

Quant aux citoyens bien pourvus qui, avec la condescendance de dames patronnesses – «Voici un bol de soupe, mon brave homme!» –, se déclarent favorables à l’initiative pour le bien de la classe moyenne, ils me donnent de l’urticaire, car c’est bel et bien la classe moyenne qui, une fois encore, souffrira le plus de la charge financière qu’implique cette nouvelle assurance obligatoire.

Mariette Paschoud

 

1 Au 31 décembre 2016, le canton comptait 778'251 habitants. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/catalogues-banques-donnees/communiques-presse.assetdetail.2118847.html.

2 https://www.24heures.ch/vaud-regions/facture-tres-opaque-soins-dentaires/story/19138552.

Cet article a été vu 270 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions