Complotisme

Je ne sais plus qui a écrit: «Le diable n’a pas remporté de plus grande victoire qu’en démontrant qu’il n’existait pas.» Il en va de même avec les complots et les complotistes: un chercheur de l’Université de Fribourg recense les cas où un nombre important de personnes croient que le monde officiel nous ment. Cela va de l’assassinat de J.F. Kennedy, où 55% des sondés estiment que la CIA est impliquée, à la mission Apollo d’alunissage, qui aurait été inventée par la NASA et filmée en studio pour 16% des sondés. Il y aurait même environ 10% des gens interrogés qui supposent que la Terre est probablement plate.

En mettant dans le même sac des élucubrations amusantes et des événements qui donnent lieu à des controverses sérieuses et fondées, à des soupçons de manipulation des sources, on en arrive à ridiculiser toute recherche historique indépendante, si ses conclusions s’écartent de la doxa officielle.

Les avocats qui défendent les pédophiles ont largement usé de cette ficelle: comme il a été établi que la prétendue victime mentait à ses parents pour retrouver le soir son petit ami, elle est donc une affabulatrice d’habitude et les accusations portées contre mon client sont hautement invraisemblables.

Sachant que la Terre est ronde, ce qui n’est contesté sérieusement, à ma connaissance, par personne, peut-on ridiculiser ceux qui croient que la possible nocivité des vaccins est cachée par l’industrie pharmaceutique avec la complicité du Ministère de la santé, ce qui est une hypothèse possible, ou que les sociétés secrètes ont joué un rôle important dans la Révolution française et la Révolution russe, ce qui est aujourd’hui admis par tous les historiens, mais encore ignoré des chercheurs de Fribourg et en tous cas des journalistes du Matin?

On nous met constamment en garde contre l’amalgame: tous les terroristes sont musulmans, mais tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Tous les trafiquants de drogue sont issus d’Afrique ou des Balkans, mais les Africains ou les Kosovars ne sont pas tous des trafiquants. Avec les complotistes, l’amalgame est non seulement autorisé, mais obligatoire: si vous voulez éviter d’être aussi ridicule que ceux qui croient encore que la Terre est plate, vous devez croire les versions officielles. La troisième tour du World Trade Center, qui n’a été frappée par aucun avion, s’est effondrée toute seule, à cause des vibrations sur le site… Les mouvements djihadistes n’ont jamais été financés par les services secrets occidentaux… la première cellule vivante apparue sur terre a donné naissance, après des millénaires d’évolution et d’adaptation, à la fois aux fourmis, aux mammouths et aux êtres humains… et quand bien même les grands financiers le proclament eux-mêmes avec arrogance, il n’existe pas de projet de Nouvel Ordre mondial ultralibéral visant à la disparition des nations.

Des législations idoines en Europe interdisent le doute sur certains événements de la Deuxième Guerre mondiale et prévoient des peines de prison pour celui qui publie le résultat de ses recherches si ce résultat n’est pas conforme à l’enseignement officiel. Et l’enseignement officiel, ce sont les vainqueurs des guerres qui l’inventent et c’est la presse et les fameux réseaux sociaux qui le fixent. Durant plus de cinquante ans, on a cru que l’armée allemande était responsable du massacre des officiers polonais à Katyn. Pendant plusieurs mois, on a cru que les sbires du dictateur roumain Ceausescu avaient assassiné et affreusement mutilé des milliers de victimes à Timisoara.  Le 10 août 1990, on a cru les faux témoins qui affirmaient avoir vu les soldats irakiens arracher des bébés des couveuses à l’hôpital de Koweit City et les jeter dans la rue. Le 5 février 2003, le général Colin Powell a agité devant l’assemblée de l’ONU un petit flacon de sucre qu’il a affirmé être de l’anthrax, pour démontrer que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. On l’a cru.

Ceux qui mettaient en doute ces affirmations et ces témoignages étaient qualifiés de complotistes, mais on n’avait pas encore d’armes législatives et pénales pour les faire taire. C’est ainsi qu’il s’est avéré plus tard que ces inventions étaient de purs bobards de guerre et le public a pu le savoir.

D’autres bobards sont protégés par la loi et le doute est un délit pénal. On prévoit même en France une loi pour réprimer les fake news, sans qu’on sache exactement qui décidera qu’une nouvelle est fausse ou vraie et comment on pourra réprimer la diffusion de calembredaines sur internet. Expérience faite par des chercheurs, une information qualifiée de hoax (bobard) est immédiatement vue par dix fois plus d’internautes qu’elle ne l’était avant d’être mise en doute. On peut donc se demander si la dénonciation ne favorise pas la diffusion… et la crédibilité.

Il faudra, hélas, s’y habituer: il y a dans la population de plus en plus de justiciers, qui deviennent délateurs par amour des lois, comme le proclame l’hymne vaudois. La fumée ne me gêne pas, mais ici il est interdit de fumer! Avant d’obtenir le rôle, j’étais assez contente de me faire tripoter par le producteur, mais aujourd’hui que je suis célèbre je trouve ça dégueulasse! Et les médias de grands chemins, comme les appelle plaisamment Slobodan Despot, sont complices: la presse a troqué sa mission d’information contre un devoir d’éducation.

Et si on n’avait pas envie d’être rééduqué?

Claude Paschoud

Thèmes associés: Médias - Révisionnisme

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