Des tâches régaliennes de l’Etat

Un ministère régalien est un ministère qui répond aux fonctions régaliennes de l’Etat (régaliennes = littéralement: qui appartiennent au roi), c’est-à-dire aux fonctions dont la responsabilité doit normalement être prise par l’Etat et qu’il ne doit pas déléguer à des sociétés privées.

Les ministères régaliens au sens le plus strict concernent l’armée, la police et la justice, ainsi que le droit de battre monnaie.

Sous l’influence des loges maçonniques et depuis la Révolution française, on admet généralement que l’instruction est aussi une tâche d’intérêt public, financée par l’impôt, et que les écoles privées sont donc étroitement surveillées, de même que les familles qui prétendent dispenser l’enseignement en leur propre sein. Celles-ci passent donc à la caisse deux fois.

A vrai dire, les compétences de l’Etat sont de plus en plus nombreuses, les prescriptions étatiques de plus en plus contraignantes; la liberté des corps intermédiaires (organisations patronales ou syndicales, corporations, paroisses, communes, etc.) et des individus s’amenuise irrémédiablement dans une quasi-indifférence.

C’est évidement pour votre sécurité et votre bien qu’on vous impose des vitesses limitées, des vaccins, des normes pénales pour lutter contre l’érotisme ou les propos haineux, qu’on limite les émissions de CO2 dans l’atmosphère ou qu’on vous interdira la cigarette dans tous les lieux publics, demain même dans la rue.

On s’est tellement habitué à cette mainmise de l’Etat sur tout que l’existence d’une radio télévision d’Etat, entièrement financée par la Confédération, ne choque presque personne. D’aucuns estiment même qu’une radio d’Etat comme l’est la SSR est nécessaire au fonctionnement de la démocratie.

La question n’est pas son prix, même si la redevance payée par les Suisses est très largement supérieure à celle des pays qui nous entourent. La question est plus fondamentale: actuellement, la SSR est la radio-télévision du Pouvoir. Or, si le Pouvoir était le reflet fidèle des citoyens, de la démocratie, comme ils disent, et visait à concilier les intérêts divergents sur un plan supérieur, on pourrait s’en accommoder. Mais le Pouvoir n’est pas le peuple et il ne représente même pas le peuple, ni les corps constitués, ni les intérêts de la nation ou des citoyens. Comme Bertrand de Jouvenel l’a montré, le Pouvoir a une existence propre, qui vise essentiellement à se maintenir et se perpétuer.

La radio-télévision a une mission d’information et de divertissement. Sa mission primaire, l’information, est prétendument d’intérêt public, comme la police, l’armée, l’entretien des routes ou la distribution d’électricité. Voilà une thèse largement répandue, mais fort discutable. Pourquoi la mise à disposition de l’information devrait-elle suivre d’autres règles que la distribution des pommes ou de la viande dans le public, dont le Pouvoir ne s’inquiète nullement? Pourquoi la diffusion de l’information devrait-elle faire partie des tâches régaliennes de l’Etat? A l’époque où les longueurs d’ondes utiles étaient en nombre limité, il fallait peut-être qu’on les répartisse avec parcimonie et équité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tous ceux qui veulent s’informer peuvent accéder à des milliers de sources, imprimées ou informatisées, gratuites ou payantes.

On nous objecte que ces sources ne sont pas toutes fiables, d’où précisément la lutte contre les fake news et la nécessité d’une radio-télévision formée à la vérification des sources, objective, honnête…

Mais cette prétention est une farce. Il suffit de constater comment les journalistes «officiels» ont gobé sans sourciller les bobards les plus énormes en Roumanie, en Irak ou au Koweit, sans parler de ces prétendus rescapés de l’Holocauste glorifiés par la presse avant d’être démasqués comme de vils affabulateurs. Enquêtes? vérifications? Allons donc!

Pour douze plumes originales en Suisse romande, vous avez huitante-huit tâcherons médiocres, dont le seul souci est de ne pas déplaire à leur rédacteur en chef ou à leur éditeur, pour ne pas figurer dans la prochaine charrette de licenciés. Et à la SSR, vous avez l’ensemble du personnel qui, pris de panique, nous prédit la fin du monde en cas d’acceptation de l’initiative «No Billag».

Nous verrons!

C. P.

Thèmes associés: Médias - Politique fédérale

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