Notre-Dame-des-Landes

L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes a plongé la France dans la stupéfaction et dans la division.  Pour autant que j’en puisse juger, il y a une moitié de la population qui se réjouit et une autre moitié qui fait grief au gouvernement d’avoir capitulé devant les «zadistes» en violant les promesses faites, et en tenant pour négligeables les nombreux arrêts de justice et le vote des populations locales.

Je suis totalement incompétent sur le fond du problème et j’ignore donc si cet aéroport était nécessaire, souhaitable ou seulement utile.

Mais il me paraît que les hurlements de la droite unanime se trompent de cible. Ce n’est ni le président de la République ni son premier ministre qui ont laissé la Zad1 se transformer en une zone de non-droit où des routes départementales étaient privatisées et contrôlées par les insurgés durant plusieurs années. Le président Macron a hérité de ses prédécesseurs la patate chaude et son gouvernement a eu le mérite de prendre – enfin! – une décision.  Il savait qu’elle serait approuvée par les uns et critiquée par les autres, et c’est d’ailleurs pour cette raison que les gouvernements précédents s’étaient prudemment abstenus de trancher, même le gouvernement de M. Jean-Marc Ayrault, principal lobbyiste en faveur de l’ouvrage.

Ledit ouvrage avait été conçu il y a si longtemps, à l’époque du Concorde, qu’une nouvelle appréciation de la situation était évidemment nécessaire. La France dispose d’une quantité d’aéroports supérieure aux autres pays européens, rapportée au nombre de ses habitants. La tendance à l’écologie plaide pour une croissance mesurée des déplacements en avion, grâce aux vertus de la téléconférence ou aux progrès des liaisons ferroviaires. Bref, ce qui paraissait nécessaire il y a quarante ans n’était peut-être qu’une chimère inutile.

Le seul grief qu’on pourrait faire à Macron et à Philippe, c’est de ne pas avoir fait déguerpir les occupants illégaux de la zone avant de publier la décision du gouvernement.  Le pouvoir n’aurait pas été accusé de céder devant les insurgés et on n’aurait pas pu soupçonner le président d’abandonner le projet par couardise face aux émeutiers.

Il faut espérer que le gouvernement français ne va pas annuler le bénéfice de sa décision courageuse par des promesses irréalisables. Il serait irresponsable de promettre l’agrandissement de l’aéroport de Nantes-Atlantique, au risque de susciter de nouvelles oppositions écologiques et de devoir s’engager à verser de nouvelles indemnités à Vinci pour rupture contractuelle, lorsqu’il sera devenu évident que cet agrandissement ne se fera pas.

Claude Paschoud

 

1 Zone d’aménagement différé devenue zone à défendre pour les «zadistes».

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