A propos d’une «redevance»

On ne touche pas, dans notre beau pays, aux vaches sacrées. Ce fait se constate quotidiennement dans le débat relatif à l’initiative Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag), qui sera soumise aux citoyens le 4 mars: les notions de «cohésion nationale» et de «pluralisme démocratique», qui ne sont guère que des coquilles vides, des clichés démocrates, nous sont servies à tout bout de champ par les défenseurs du quasi-monopole de l’information audio-visuelle financé par la fameuse «redevance». Quant au concept de «service public», il jouit chez eux d’une révérence quasi mystique.

On voit fréquemment passer chez les partisans des petits crapauds qui ont lancé l’initiative surnommée No Billag l’argument selon lequel un individu qui ne regarde pas la télévision et n’écoute pas la radio ne devrait pas avoir à financer la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR). A cet argument, ô combien mesquin, les défenseurs de la «redevance» rétorquent que, s’agissant d’un service public, tout le monde doit passer à la caisse. Et d’évoquer l’institution scolaire, autre service public financé, à l’échelon cantonal, par la totalité des contribuables. «C’est comme si vous refusiez de financer l’école publique sous prétexte que vous n’y allez plus!», s’écrient ces amateurs d’intervention étatique.

C’est bien vrai. Mais, compte tenu de l’état de l’école financée par nos impôts, on en vient à se demander si elle ne gagnerait pas à ne plus être un service public, justement.

Le problème avec les deux «services publics» en cause ici, c’est que, dans une large mesure en tout cas, ils ont perdu leur fonction d’organismes au service du bien commun pour se muer en promoteurs d’intérêts idéologiques et politiques, tout en restant financés par la puissance publique, c’est-à-dire par les contribuables.

Autre constat: on désigne mensongèrement sous le terme de «redevance», c’est-à-dire de prélèvement imposé aux seuls usagers d’un service, ce qui, sauf acceptation – improbable – de l’initiative No Billag, deviendra  dès le 1er janvier 2019 une taxe à laquelle tout le monde sera assujetti. Mais appeler «redevance générale» ce prélèvement obligatoire, c’est tellement plus joli!

A cet égard, je trouve savoureux que des gens qui, toujours le 4 mars, voteront contre le nouveau régime financier 2021 par opposition – justifiée! – au maintien de l’impôt fédéral direct, se posent en défenseurs d’une taxe fédérale directe, au nom de l’amour du sport, du cinéma ou de la musique et d’une information objective et équilibrée qui n’existe pas.

M. P.

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