Sur la démocratie

«Son règne n’est pas une nouvelle forme de régime étatique, c’est un esprit particulier.»

Nicolas Berdiaev: De l’inégalité, huitième lettre: De la démocratie

Il est fréquent d’entendre ce jugement, qui aujourd’hui se veut sans appel: ce n’est pas démocratique. La démocratie serait donc censée être, sur le plan social, le critère ultime de légitimité politique. La nature objective des choses et des êtres n’a plus cette valeur qui, pourtant, est et demeure! Aucun objet, fabriqué ou construit, ne peut échapper à des critères d’ordre qui lui sont propres et qui seuls conviennent; de même, pour l’homme et les sociétés, publiques aussi bien que privées, dont l’être humain est membre. Toutes et tous ont leur nature, incontournable pour qui prétend leur imposer des lois.

Or la question de la nature des choses et des êtres n’intéresse plus vraiment les démocrates modernes. On nous parle du droit des animaux, du droit à la procréation assistée, des couples de même sexe aptes à éduquer des enfants censés être les leurs… Dans l’ordre politique, la nation comme valeur et critère de légitimité politique, notamment dans l’exercice de la souveraineté, devient une entité suspecte, car elle est d’emblée assimilée à une idolâtrie collective (ce qu’elle a été, mais sous 1’emprise du socialisme…).

L’ordre international se limiterait à un aménagement administratif de l’économie selon des critères essentiellement idéologiques et sous l’action de groupes de pression.

Tout ceci n’est que le masque du chaos sous un langage creux. Gonzague de Reynold disait que notre époque souffrait «d’hyperesthésie de la conscience individuelle», et Georges Bernanos, dans son essai La grande peur des bien-pensants développe cette intéressante réflexion: «La démocratie se doit d’être une création continue (…)» et malgré toutes ses illusions «elle n’en devra pas moins obéir jusqu’à la fin à sa loi profonde: échapper à toute définition qui limite, n’être qu’un cri de foi vers l’avenir (…) et chaque problème posé, sa force est justement de tout remettre en question, et jusqu’à la nature même des choses.»

Seul l’effondrement de la démocratie moderne ramènera les masses au bon sens. Le tort actuel des élites est trop souvent de ne pas les avertir de cette issue fatale.

Michel de Preux

Thèmes associés: Politique générale - Société

Cet article a été vu 82 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions