Moins de laisser-faire, plus de laisser-dire

Après l’attentat islamiste commis à Trèbes, en France, le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, égorgé par le terroriste alors qu’il était venu prendre la place d’un otage, est devenu un héros national, non seulement aux yeux de la population, mais aussi, plus curieusement, dans les discours médiatiques et politiques.

Tout le monde n’a cependant pas communié dans cet hommage. Un crétin de militant gaucho-anarchiste a déversé sur Tweeter sa haine de l’uniforme: «A chaque fois qu’un gendarme se fait buter, et c’est pas tous les jours, je pense à mon ami Rémi Fraisse [un autre militant tué dans des affrontements violents avec la gendarmerie]. Là c’est un colonel, quel pied!» L’auteur de ces répugnants propos a immédiatement été interpellé et placé en garde à vue pour «apologie du terrorisme». Il risquait jusqu’à sept ans de prison et 100'000 euros d’amende, mais un juge probablement très bienveillant envers l’extrême-gauche – c’est presque la règle en France – l’a condamné à un an de prison avec sursis. C’est-à-dire: rien.

Immédiatement après, on apprenait qu’une militante vegan avait elle aussi publié un «tweet haineux»: «Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste? Pas moi, j'ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice.» Elle a été condamnée à sept mois de prison avec sursis. C’est-à-dire: rien.

Malgré notre agacement face à ces verdicts politiquement orientés, et au risque de choquer beaucoup de nos amis politiques, nous nous permettons de penser qu’il est par principe malsain que de tels individus soient poursuivis en justice pour ce qu’ils ont écrit. Leurs propos sont certes ignobles et détestables, mais cela reste du domaine des mots et des opinions. Or il n’appartient pas à la loi de sanctionner des opinions, aussi scandaleuses soient-elles. L’«apologie» de quoi que ce soit ne devrait pas être punie par la loi, pas plus que la «haine» de qui que ce soit. D’abord parce que le choix des opinions interdites ou autorisées ne sera jamais neutre; de nos jours, certaines affirmations parfaitement odieuses peuvent être considérées comme légitimes et ce sont ceux qui les contestent qui se voient traînés devant les tribunaux. Ensuite parce que la répression d’une opinion ne l’empêche jamais de se répandre, bien au contraire.

L’excellent blogueur Aldo Sterone, dans une vidéo publiée au lendemain de l’attentat, s’est indigné de voir le geste héroïque d’Arnaud Beltrame récupéré et instrumentalisé par le pouvoir politique et les médias. Ces derniers, selon lui, ont délibérément focalisé la ferveur populaire sur le geste héroïque du gendarme afin de détourner l’attention de leur propre faillite: depuis des années, de nombreux terroristes sont présents en France, dûment identifiés, mais le pouvoir refuse de les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils ne passent à l’acte.

Cette hypothèse d’une surmédiatisation délibérée expliquerait que les deux tweeteurs gendarmophobes, que personne n’aurait inquiétés en temps normal, aient été cette fois traînés devant la justice à grand renfort de publicité (a contrario, le fait qu’ils n’ont été condamnés à aucune peine n’a reçu qu’un faible écho dans les médias). Ils n’ont pas été arrêtés parce qu’ils s’étaient réjouis de la mort d’un gendarme héroïque, mais parce qu’ils s’étaient réjouis de la mort d’un gendarme héroïque qui faisait partie d’une opération de com’ de l’Etat.

Cela renforce notre conviction que la poursuite judiciaire des propos et opinions, fussent-ils gauchistes, recèle toujours une part d’insincérité et d’hypocrisie, et que les régimes qui consacrent le plus d’énergie à fixer de vertueuses limites à la liberté d’expression sont aussi ceux qui se révèlent les plus laxistes envers les actes délictueux. On préférerait le contraire.

Pollux

Thèmes associés: Immigration - Justice - Médias - Politique française

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