Autour du thème pascal

Les païens, jadis, s’étonnaient que les chrétiens puissent adorer un Dieu mort sur une croix. «Mais», leur répond dom Prosper Guéranger, OSB, dans son Année liturgique, pour le vendredi de Pâques, «si pourtant ce Dieu mort s’est ressuscité, que devient sa mort sinon la base inébranlable sur laquelle s’appuie l’évidence de sa divinité?» Le mystère pascal, loin d’unir les religions dites monothéistes, consomme leur division. Nous n’avons plus le choix: ou le christianisme est vrai, et les deux autres sont évidemment fausses, ou les trois sont dignes de crédit, mais alors le monothéisme n’est qu’affaire d’opinion, c’est-à-dire n’a en soi aucune valeur propre.

Claude Bruaire, dans son essai La raison politique1, définit ainsi l’opinion: «Contraire à la science, l’opinion  est croyance et préférence, jugement délié de la nécessité rationnelle et donc privé d’universalité. Assertion en première personne, elle n’est que mentalité momentanée d’un groupe, aléatoire, capable de passion collective. Quelle qu’elle soit, l’opinion est doublement incapable de tenir  lieu de raison pratique: elle n’est point raison, elle n’est point action. Son unique fonction est d’opiner, non de gouverner. (…) Enfin, suscitant l’individualisme, l’opinion est nécessairement inclinée par les requêtes de l’individu, par le besoin et l’intérêt. Intérêt dissimulé puisqu’il conforte le négatif de l’arbitraire, sa fonction d’exclusion.»

Je conclus de cette analyse, irréfutable, que la notion même d’opinion religieuse est un non-sens autant philosophique que... religieux! Si les religions peuvent se contredire sur des points essentiels de leurs credos, aucune n’a la moindre garantie de sérieux, toutes sont vaines et, disons-le franchement, méprisables. Voilà pourquoi la notion même de liberté de croyance ou de religion est absurde.

Non qu’il faille user de contrainte en la matière, car la contrainte tue, elle aussi, le crédit social de la religion. Mais le respect de la croyance en cette matière doit néanmoins avoir un prix, et ce prix est le suivant: la distinction et, conséquemment, la séparation publique entre vraie et fausses croyances religieuses. Ceci est une exigence de l’esprit absolument incontournable.

La mentalité moderne ne l’admet pas. Elle ne fait qu’établir par ce refus qu’elle méprise toute religion, puisqu’elle les livre toutes à un traitement arbitraire et qu’elle impose l’idée, en soi absurde, que le principe de non-contradiction ne s’applique pas à ce domaine et que la paix sociale doit dépendre d’une telle concession à l’absurde. L’Occident se juge et se condamne lui-même par une telle concession.

La vraie paix religieuse en ce monde ne peut provenir que de la patience de ceux qui professent la vraie foi envers ceux qui ne la professent pas et du respect imposé de cette patience à ceux qui ne la professent pas.

Michel de Preux

 

1 Ed. Arthème Fayard, coll. Evolutions, Paris 1974, p. 53.

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