Du bon sens et des cuistres

J’éprouve une affection particulière pour les femmes de ménage et autres sans-grade qui font subir les derniers outrages à de prétendues œuvres d’art chargées d’un  message impérissable mais incompréhensible et qui, pour toute personne de bon sens, ressemblent à s’y méprendre à des déchets, dont il convient de se débarrasser au plus vite.

Je vous ai entretenus récemment de l’affront fait à la fameuse chaise au pied cassé, qui orne, à Genève, la place des Nations, et a permis à l’«artiste» Daniel Berset de se couvrir de gloire.

Je vous avais parlé aussi, en février 2016, de cette «œuvre d’art», exposée à l’église Saint-Philippe de Mannheim, qu’une nettoyeuse zélée avait jetée dans une benne à ordure, la prenant pour du papier d’emballage.

Ce mois-ci, c’est à Hong Kong que le personnel de nettoyage a sévi en prenant pour un emballage happy meal du MacDonald – un carton rouge muni de deux poignées jaunes et orné d’un demi-cercle en forme de sourire – l’admirable création – un carton rouge muni de deux poignées jaunes et orné d’un demi-cercle en forme de moue boudeuse – d’une plasticienne zuricoise nommée Carol May. Quiconque a la possibilité de comparer les deux boîtes doit vraiment s’y prendre à deux fois pour découvrir la différence. On ne saurait donc reprocher aux coupables de lèse-œuvre d’art de s’y être laissé prendre.

Mais cette malencontreuse confusion a causé un choc, à l’auteur même si la dame a pris le parti d’en rire et s’est contentée d’une indemnisation de 350 francs1.

Il faut dire qu’elle «y [avait] investi beaucoup de travail et de temps», que la boîte était «une allusion ironique à notre société de consommation et aux stratégies médiatiques des grandes entreprises» et que son but était de «faire réfléchir les gens afin qu'ils se demandent si un Happy Meal rend réellement les enfants heureux».

Question existentielle s’il en fut!

L’outrecuidance des artistes et intellectuels de toutes sortes qui prétendent faire réfléchir le vulgum pecus, par définition bête et ignorant, m’horripile. Et je deviens franchement enragée quand, pour ce faire, ils se paient  notre physionomie en produisant des «œuvres» que n’importe quelle femme de ménage jugera pour ce qu’elles sont: des pièges à gogos.

Mariette Paschoud

 

1 20 minutes du jeudi 6 avril 2018.

Thèmes associés: Culture

Cet article a été vu 69 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions