Editorial

Lors des votations du 10 juin, les citoyens suisses seront appelés à se prononcer sur deux objets: l’initiative populaire «Pour une monnaie à l’abri des crises: émission monétaire uniquement par la Banque nationale!(Initiative Monnaie pleine)» et la loi fédérale sur les jeux d’argent.

En résumé, si j’ai bien compris et en simplifiant beaucoup, l’initiative «Monnaie pleine» s’en prend à la monnaie scripturale émise par les banques, qui n’est en fait qu’une monnaie virtuelle, afin d’éviter que les petits épargnants ne se trouvent ruinés en cas de faillite de leur banque, faute de pouvoir retirer des avoirs qui, en fait, ne sont garantis par rien. Elle préconise une centralisation de l’émission de la monnaie scripturale dans les mains de la Banque nationale suisse, plus apte aux yeux de ses auteurs à protéger ces épargnants.

Après avoir pris connaissance d’avis divers, dont les Explications du Conseil fédéral envoyées à tous les citoyens avec leurs documents de vote, j’avoue ma perplexité.

Faut-il croire le Conseil fédéral quand il argue qu’«un tel système affaiblirait le secteur financier, notamment au détriment de la clientèle des banques» et que «en outre, il concentrerait trop de pouvoir entre les mains de la BNS, qui risquerait de faire l’objet de pressions politiques accrues pour qu’elle finance des dépenses publiques»1?

Faut-il partager l’avis de Claude Paschoud, quand il dit que, combattue à la fois par les banques et les politiciens membres du Conseil d’administration d’une banque, l’initiative sera refusée et que «c’est ainsi que les braves gens seront ruinés d’un jour à l’autre à la prochaine crise sérieuse»?

Faut-il s’associer aux critiques et incertitudes d’Olivier Delacrétaz «quant à l’efficacité de l’initiative “Monnaie pleine”, à l’ampleur de ses effets collatéraux et, tout simplement, à sa faisabilité»3?

Je serais bien en peine de me prononcer, mais j’avoue que, comme le premier gauchiste venu, je me méfie des banques. Je constate qu’elles prélèvent de plus en plus de frais et servent de moins en moins d’intérêts aux détenteurs de comptes, comme si elles souhaitaient à terme se débarrasser des petits épargnants justement, dont elles semblent ne pas avoir besoin, puisqu’elles peuvent créer ce qui ressemble fort à de la monnaie de singe. Je n’ai pas oublié non plus que l’UBS a su faire appel à l’Etat et à la BNS au moment de la crise financière de 2008, sans que ne soit évoqué le risque d’éventuels inconvénients pour sa clientèle, tant redoutés par le Conseil fédéral.

Quant au deuxième argument de celui-ci, il me paraît spécieux: en effet, d’où pourraient bien provenir les «pressions politiques accrues pour que [la BNS] finance des dépenses publiques», si ce n’est des autorités politiques elles-mêmes? Et qui les empêcherait de s’en abstenir si elles estiment que c’est une mauvaise chose?

Après avoir pris connaissance des arguments du Conseil fédéral, j’ai finalement le sentiment très net que celui-ci ne défend pas un système financier qui a fait ses preuves, mais les intérêts des banques de ce pays. Cette impression est renforcée par le pauvre argument selon lequel «aucun pays n’a jamais adopté un tel système»4. Surtout, gardons-nous de sortir du lot!

Cet argument misérable apparaît aussi dans les explications relatives à la loi fédérale sur les jeux argents, qui se veut la mise en œuvre de l’article constitutionnel du même nom adopté par les citoyens suisses le 11 mars 2012. En effet, nous dit la brochure explicative, «la loi fédérale sur les jeux d’argent prévoit donc que la Suisse, comme 17 autres pays européens, bloquera l’accès aux jeux en ligne non autorisés»5.

Cette loi, qui vise à améliorer la protection des consommateurs contre les dangers des jeux d’argent, notamment sur internet, prévoit le blocage des jeux en ligne qui ne disposent pas d’une concession ou d’une autorisation suisse, ne se soumettent donc pas aux règles suisses sur les jeux d’argent en général et ne versent pas, par conséquent, les contributions financières affectées à l’AVS/AI, au sport, à la culture et à des fins sociales. Considérant que la loi porte atteinte à la liberté d’accès à internet, des jeunes gens de divers partis soutenus par des organisations économiques ont lancé le référendum.

Il faut se réjouir que le Conseil fédéral se soucie de mettre en œuvre la volonté du peuple exprimée le 11 mars 2012. Cela ne va pas de soi, comme chacun sait.

Mais je dois  avouer que je suis excédée par cette manie qu’ont les autorités de vouloir, à coups de restrictions des libertés, protéger les gens contre tout et n’importe quoi, partant de l’idée que les populations forment un troupeau de débiles incapables de se prémunir contre les dangers de toutes sortes qui les menacent depuis qu’ils ont eu l’imprudence de venir au monde.

A l’époque où internet n’existait pas et où il était impossible de jouer gros dans les casinos suisses, les joueurs invétérés se rendaient dans les casinos étrangers. Pense-t-on que les intoxiqués des jeux en ligne ne trouveront pas une combine pour contourner la loi? Je suis prête à parier que des petits malins œuvrent déjà dans ce sens.

Comme mes patients lecteurs l’auront compris, je suis un schtroumpf grognon: je n’aime pas les banques, je n’aime pas le Conseil fédéral, je n’aime pas les faiseurs de lois liberticides et moralisatrices, je n’aime pas les casse-pieds.

C’est pourquoi je voterai «oui» à la monnaie pleine et «non» à la loi fédérale sur les jeux d’argent.

Mariette Paschoud

 

1 Brochure Explications du Conseil fédéral, p. 5

2 Le Pamphlet n° 472, février 2018.

3 La Nation n° 2096, 11 mai 2018.

4 Explications…, même page.

5 Ibid. p. 25.

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