Choisis ton camp, camarade! (ou pas)

La région de Gaza est le théâtre d’un affrontement permanent entre les soldats israéliens et les manifestants palestiniens. Elle est aussi le théâtre d’un affrontement permanent entre deux moitiés de l’humanité, celle qui soutient les soldats israéliens et celle qui soutient les manifestants palestiniens.

Les médias et les journalistes se divisent en deux camps: ceux qui soutiennent les soldats israéliens et ceux qui soutiennent les manifestants palestiniens. Les politiciens, les écrivains, les philosophes, les artistes se répartissent eux aussi en deux factions irréconciliables, l’une défendant les soldats israéliens, l’autre les manifestants palestiniens.

De même, vos amis sur Facebook ou dans la vraie vie, vos voisins, vos collègues, les gens que vous côtoyez dans le bus ou que vous croisez dans la rue, forment deux hémisphères étanches, le premier pro-israélien et le second pro-palestinien.

On ne saurait certes exclure qu’il puisse encore exister, dans les régions les plus reculées de la Sibérie, quelques paisibles Yakoutes ou quelques lointains Tchouktches qui n’aient pas encore ressenti le besoin pressant de prendre parti dans ce conflit. En revanche, c’est en vain qu’on chercherait dans le monde occidental quelqu’un de sage et de prudent qui émettrait l’avis que, connaissant les mauvais penchants de la nature humaine, il est probable qu’il y ait autant de soldats israéliens prêts à tuer sans scrupules – parce qu’ils se savent appuyés par une moitié de l’humanité – que de manifestants palestiniens avides d’affrontement et feignant habilement le pacifisme – parce qu’ils se savent encouragés par l’autre moitié de l’humanité.

Notre propos n’est pas de faire de l’humanisme à deux balles en déclarant qu’il faut aimer tout le monde. C’est plutôt le contraire! Nous constatons avec lassitude que le citoyen lambda ne s’intéresse absolument pas à comprendre la réalité et à connaître la vérité, notions forcément trop nuancées et trop compliquées pour des gens aux réflexes binaires – ce qui est parfois excusable – et à l’intelligence médiocre – ce qui est toujours haïssable, même si ce n’est pas de leur faute –, qui ne songent qu’à se ranger bien sagement dans un clan, dans un groupe uniforme, à se fondre dans une masse grouillante et indistincte où chacun brandit les mêmes slogans qu’il n’a pas rédigés par lui-même. L’homme se comporte comme un loup qui se cherche une meute pour pouvoir hurler avec. On préfère le collectif à l’individu. On se choisit une cause pour avoir le sentiment d’exister. On donne un avis péremptoire sur tout ce qu’on ne maîtrise pas – et Dieu sait si le conflit israélo-palestinien en offre un bel exemple, tout en n’étant qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.

Telle est la réflexion que nous inspirent les événements de Gaza. Nous finissons par éprouver davantage de respect pour les soldats israéliens et les manifestants palestiniens qui se battent, que pour le reste du monde qui bêle.

Pollux

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