Optimistes versus réalistes

Il est de plus en plus évident qu’il y a deux Suisses, l’une et l’autre imperméables et inconciliables. La ligne de démarcation ne divise pas les Romands des Alémaniques, ni les vieux des jeunes, mais plutôt ceux qui attendent des bénéfices miraculeux de l’Union européenne, de la mondialisation, du libre-échangisme, d’une gouvernance mondiale et de la mixité ethnique, que j’appelle les optimistes, et ceux qui n’attendent rien de bon de ces «progrès», les réalistes.

L’Union européenne, à sa création sous le nom de Marché commun, était porteuse de grands espoirs. On a cru que le libre-échange entre les Etats membres, dont les économies étaient relativement comparables, induirait une union politique par le biais de l’union économique, et qu’une telle construction permettrait à tout jamais d’éviter des guerres fratricides.

En ce qui concerne les guerres intra-européennes, le succès a été au rendez-vous. Mais la «construction européenne», ce monstre bureaucratique et autoritaire, s’est révélé être, comme l’observe avec pertinence notre confrère Rivarol, un désastre pour les pays du Vieux Continent, entraînant un chômage de masse, de multiples fermetures d’usines (…) et des délocalisations de plus en plus fréquentes. Tout ce dont s’est occupée l’Union européenne ces dernières décennies a tourné au désastre… 

La Suisse optimiste a gardé la foi. Certes, la situation est grave, voire tragique, mais elle va s’améliorer avec encore plus d’Europe, plus de règlements, moins d’entraves au commerce et plus de solidarité avec les migrants. Les paysans, ruinés, se suicident par dizaines chaque mois, mais c’est qu’ils n’ont pas su s’adapter.

On avait déjà connu ce raisonnement à propos de l’enseignement sous les ministres socialistes: il fallait niveler et abaisser les exigences pour que les élèves des familles les plus cultivées ne bénéficient pas d’un avantage immérité. Les résultats en ont été, comme on pouvait s’y attendre, une baisse catastrophique du niveau général. Alors, on en a conclu qu’on n’avait pas été assez loin dans le nivellement, qu’il fallait encore plus de socialistes et de pédagogistes doctrinaires dans les séminaires pédagogiques.

C’est le système du cliquet. La manivelle ne tourne que dans un sens et on ne peut revenir en arrière.

Mais, en ce qui concerne l’Union européenne, l’édifice commence à se lézarder: trop de nouveaux membres de niveau économique trop dissemblable, trop de bureaucratie, trop d’injonctions dictatoriales de Bruxelles. Les nouveaux membres d’Europe de l’Est ne sont pas disposés à se laisser envahir par des hordes de populations supplémentaires non souhaitées. Le Royaume-Uni veut quitter le club. La Suisse, qui n’en a jamais fait partie, a le taux de chômage le plus bas d’Europe et un taux de croissance réjouissant. L’Italie s’est donné un gouvernement eurosceptique ou plutôt euro-réaliste!

Mais plus l’Europe s’affaiblit et plus elle crispe sa gouvernance, plus elle est arrogante vis-à-vis de ses propres membres; mais hélas plus elle est faible dans ses rapports avec les Etats-Unis d’Amérique. Le Président Trump est protectionniste. Il l’a dit dès le début de sa campagne et il faut  lui rendre cette justice qu’il tient ses promesses. Il veut protéger son industrie automobile en frappant de taxes douanières l’acier importé. C’est évidemment fâcheux pour les fournisseurs d’acier d’Europe et d’Asie, mais le président des Etats-Unis n’a pas été élu pour défendre leur business.

Et l’Union européenne, comme mesure de rétorsion, n’a rien trouvé de plus pertinent que de menacer les USA d’élever les taxes sur les motos Harley-Davidson et le beurre de cacahuète! Voilà qui va sans doute concerner un Européen sur dix mille!

Ce qui est plus grave, c’est que les Européens ont pris l’habitude de compter, pour la défense de leur territoire, sur le parapluie américain depuis la fin de la dernière guerre. Il y a des bases de l’armée américaine dans toute l’Europe et les budgets des Etats européens consacrés à la défense sont en baisse constante. Dans ces conditions, peut-on encore soutenir que les Etats d’Europe, y compris la Suisse, sont souverains? Lorsque les Etats-Unis ordonnent de cesser toute transaction commerciale avec l’Iran, par exemple, et que les Européens s’empressent d’obéir – même ceux qui n’ont aucune raison de se plier à ces injonctions, par exemple la Suisse, supposée souveraine et neutre –, ces derniers ne sont-ils pas devenus insidieusement une colonie américaine?

La Suisse optimiste, qui a largement refusé l’initiative monnaie pleine, ne croit pas à l’hypothèse de tensions internationales susceptibles de dégénérer en conflit armé. Le colonel libyen n’y croyait pas non plus. M. Saddam Hussein non plus. Ni non plus ceux qui refuseront le crédit d’engagement pour l’achat de nouveaux avions de combat.

La Suisse n’a pas d’ennemis et les Etats-Unis nous protégeront en cas de tensions…

Claude Paschoud

Thèmes associés: Armée - Economie - Politique fédérale - Politique internationale

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