Feu sur la Berne fédérale

J’ai peur des armes à feu. Je ne pratique donc ni le tir sportif ni la chasse, et je ne suis pas collectionneuse.

C’est dire que la révision de la loi sur les armes adoptée par les Chambres fédérales lors de la dernière session parlementaire ne me touche pas beaucoup à titre personnel. Je serais assez d’avis que, quoique introduisant quelques paperasseries et tracasseries aussi agaçantes qu’inutiles, ladite révision n’empêcherait pas les tireurs et les chasseurs de se livrer à leur sport favori ni les collectionneurs de collectionner des armes à feu, pas plus qu’elle ne priverait les militaires qui le souhaitent du droit de garder leur arme d’ordonnance chez eux à la fin de leur service. En fait donc, nos «traditions ancestrales» ne seraient que fort peu menacées.

Pourtant, il importe de soutenir vigoureusement le référendum lancé par la Communauté d'intérêts du tir suisse (CIT), soutenue par l’UDC, car il s’agit avant tout d’une affaire de souveraineté.

La révision de la loi sur les armes concoctée par les Chambres fédérales, qui a fait l’objet d’un compromis, a pour origine la nécessité dans laquelle se trouve la Suisse de s’adapter à l’évolution du droit de l’Union européenne en matière de lutte contre le terrorisme, sous peine de se voir exclue de l’accord de Schengen1.

Remarquons d’abord que même si les pays signataires de l’accord de Schengen décidaient, sur ordre de l’Union européenne, d’interdire totalement la détention et l’usage des armes à feu, de démolir les stands de tir, de prohiber la chasse, de détruire les collections d’armes, de faire sauter les arsenaux et de supprimer les armées, la lutte contre le terrorisme ne s’en trouverait pas plus avancée, car le trafic d’armes fournit amplement au terrorisme le matériel dont il a besoin. La révision de notre loi sur les armes est donc d’une parfaite inutilité.

Comme ils ne sont pas sots, du moins veut-on l’espérer, les parlementaires fédéraux le savent pertinemment.

Mais voilà: il y a Schengen. Que deviendrait la Suisse si elle sortait de Schengen? Où irions-nous, mes bien che-è-r-e-s sœurs et frères, sans notre appartenance à ce merveilleux espace? Les conséquences seraient catastrophiques pour l’économie et le tourisme, l’accord de Dublin tomberait dans le sillage de celui Schengen, ce qui serait désastreux pour notre politique d’asile, les frontières seraient rétablies… Bref, on assisterait à un véritable cataclysme. La Suisse ne s’en relèverait pas.

Le 6 décembre 1992, les citoyens helvétique disaient non à l’Espace économique européen (EEE). D’après les oiseaux de mauvais augure, déjà, notre pays était perdu. Il n’en fut rien. Seize ans plus tard, à la veille de l’entrée en vigueur des accords de Schengen et de Dublin le 12 décembre 2008, la Suisse se portait fort bien. Mais tout cela est oublié!

Je trouve scandaleux que ni la Berne fédérale ni les milieux économiques ne semblent plus se soucier de souveraineté. Il n’est plus question que de la politique du porte-monnaie. Nos conseillers fédéraux et la majorité de nos parlementaires, encouragés par Economiesuisse et quelques autres lobbies, consacrent un temps et une énergie considérables à se demander comment donner satisfaction à l’Union européenne tout en évitant que quelque initiative ou quelque référendum – qu’il faudra contourner en cas d’acceptation, en attendant de venir à bout de cette fichue démocratie directe – ne vienne gripper la machine à s’aligner.

Si nous voulons rester maîtres chez nous, toute occasion de lutter contre les atteintes à la souveraineté de notre pays doit être saisie. C’est pourquoi nous devons soutenir le référendum contre la nouvelle loi sur les armes.

La Suisse virée de Schengen? C’est à voir: si l’UE pousse la stupidité jusqu’à se priver de la collaboration de la Suisse dans de multiples domaines pour une bête loi inutile, c’est qu’elle est vraiment une malade en phase terminale2.

Mariette Paschoud

 

1 Appliqué par la Suisse dès 2008, ce fameux accord, entré en vigueur en 1995, prévoit un allègement des contrôles aux frontières et la coopération des Etats membres dans divers domaines comme la lutte contre la drogue et d’autres formes de criminalité. Pour le citoyen lambda, cet accord permet de se déplacer en Europe sans subir de tracasseries douanières, la surveillance étant censée s’exercer aux frontières extérieures de ce qu’on appelle l’espace Schengen.

2  On peut se procurer des listes de signatures en suivant le lien https://www.eu-diktat-nein.ch/transfer/unterschriftenbogen-fr.pdf, à l’adresse Référendum «Non au diktat de l'UE qui nous désarme», Case postale 54, 8416 Flaach ou à l’adresse courriel info@diktat-ue-non.ch.

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