Editorial

Plus aucun pays, semble-t-il, ne veut permettre au navire de recherche – auto-recyclé en bateau de sauvetage – Aquarius d’arborer son pavillon, de sorte que le bâtiment, qui appartient à un armateur allemand, est bloqué à Marseille.

Comme il se doit, des âmes généreuses se sont émues chez nous de cette situation, qui empêche le navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières de continuer à sauver des émigrants à proximité des eaux territoriales libyennes et de les conduire dans des ports européens au lieu de les remettre aux gardes-côtes libyens. Des députés soutenus par des milliers de pétitionnaires exigent que l’Aquarius puisse battre pavillon suisse.

Que faut-il en penser?

De deux choses l’une. Ou bien la mission que s’est donnée l’Aquarius, ou qu’on lui a attribuée, est indispensable et se déroule en toute légalité. Dans ce cas, on ne voit pas très bien pourquoi Gibraltar et Panama lui auraient retiré leur pavillon, puisqu’aussi bien, si l’Italie lui interdit ses ports, ce qui est son droit d’Etat souverain, l’Espagne lui tend les bras.

Ou bien, comme le suggèrent de mauvais esprits, l’Aquarius serait de connivence avec les organisations qui promeuvent l’immigration de masse, voire avec les passeurs, lesquels lui enverraient les «migrants» dans des embarcations de fortune, avec tous les risques que cela comporte. Il serait alors, ainsi que les ONG qui le financent, en partie responsable des noyades qui surviennent à proximité des côtes libyennes.

Dans le premier cas, et en admettant que Gibraltar et Panama ont eu tort de retirer leur pavillon à l’Aquarius, la réponse apportée par la loi fédérale sur la navigation maritime à la proposition d’attribution du pavillon suisse est simple: l’armateur n’étant pas basé en Suisse, mais en Allemagne, le navire ne peut pas battre pavillon helvétique1. C’est bien triste, mais il ne sert à rien d’avoir des lois si c’est pour ne pas les appliquer, même les chantres des droits humains doivent pouvoir comprendre cela.

Dans le second cas, évidemment, la loi s’appliquerait de même, mais il serait plus facile de calmer les bonnes gens qui réclament la poursuite de la mission humanitaire de l’Aquarius sous pavillon suisse.

A moins que le Conseil fédéral ne cherche un stratagème pour contourner la loi sans se mettre à dos quelque voisin européen et les adversaires de l’immigration incontrôlée, je ne vois pas pourquoi le problème n’est pas encore réglé: navire allemand, l’Aquarius devrait battre pavillon allemand.

Je me demande bien pourquoi ce n’est pas le cas.

Mariette Paschoud

 

1 https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19530141/index.html.

Thèmes associés: Immigration - Politique fédérale

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