Trop d’acquis tue l’emploi

Lorsqu’il y a maintenant onze ans je me suis lancé à l’eau pour ouvrir avec mon épouse et mon beau-père notre agence immobilière sur la Costa Brava, un de mes objectifs en tant qu’entrepreneur était de créer des emplois. Il me semblait que le fait d’engager des collaborateurs serait la manifestation de la bonne santé de mon entreprise et me permettrait de faire croître mon négoce. Mais en dehors de ces considérations comptables, j’avais envie de faire vivre d’autres familles grâce à mon activité.

Malgré la crise, nos affaires se sont développées suffisamment pour créer un, puis deux, et finalement trois postes de travail l’année dernière. Les deux premières collaboratrices que nous avons engagées, Carmen* et Gabriela*, nous donnent entière satisfaction, elles sont fidèles et montrent un engagement personnel qui font d’elles des pièces essentielles de notre organisation. Les choses se sont gâtées avec Cristina*, une jeune mère célibataire d’une trentaine d’années, qui lors des tests de sélection avait montré une bonne connaissance des langues, point essentiel dans notre activité, et nous avait assuré n’avoir aucun problème avec la charge de ses deux enfants, car elle avait l’aide de sa mère et de ses grands-parents. Nous lui avons donc fait un contrat de neuf mois, afin qu’elle se charge de faire des traductions et de maintenir à jour la base de données de nos clients.

Résultat des courses: la jeune femme n’a cessé de se plaindre des conditions salariales, qui avaient pourtant été négociées à l’engagement, elle ne s’est pas présentée à son poste en plusieurs occasions, ne nous contactant que le jour suivant, la qualité de son travail s’est révélée médiocre et l’historique de son ordinateur nous a démontré qu’elle passait plus de temps sur Facebook et sur d’autres sites qui n’avaient rien à voir avec son poste qu’à accomplir les tâches qui lui avaient été confiées. Lorsque la coupe a été pleine, nous nous sommes adressés à notre conseiller en droit du travail pour connaître la procédure à suivre pour un licenciement pour justes motifs, soit sans indemnisation. Il est alors apparu qu’il nous fallait envoyer plusieurs avertissements par courriers recommandés, que les absences devaient être nombreuses et que, quel que soit le bien-fondé de nos arguments, nous avions de fortes chances de perdre le procès si Cristina décidait de nous poursuivre. Comme notre intention de nous séparer d’elle ne lui avait pas échappé, Cristina s’est mise en arrêt maladie pour des crises d’angoisse. Comme le contrat se terminait deux mois plus tard, il est venu à son terme et nous avons pu nous débarrasser de ce poids mort, non sans lui avoir payé sa part du quatorzième salaire et une indemnisation automatique pour la fin de son contrat.

Un autre exemple intéressant est celui de Gabriela, qui termine actuellement son congé maternité après avoir mis au monde un adorable petit bonhomme en mai dernier. Son congé maternité se terminait le 18 septembre, mais elle ne reviendra qu’à mi-novembre car elle avait d’une part toutes ses vacances à prendre, et d’autre part elle avait droit à un congé d’allaitement. Il se trouve qu’en Espagne, les femmes ont droit à une heure par jour pour allaiter leur enfant, ce qui au demeurant me semble très bien, et ce jusqu’au neuvième mois. Or ces heures journalières peuvent être prises d’un coup, à la suite du congé maternité, soit un certain prolongement de celui-ci, à la charge de l’entreprise bien entendu. Mais le plus merveilleux est à venir: il s’agit d’une heure par jour, quel que soit le taux d’occupation. Et donc, comme c’est le cas de Gabriela, une personne qui a un contrat de trois heures et demie par jour bénéficie d’une prolongation de son congé maternité de presque un mois, alors qu’en réalité, avec l’horaire de travail qu’elle a, elle n’a aucun besoin d’un aménagement pour l’allaitement.

Voici donc comment les choses se passent dans un pays comme l’Espagne, où la gauche a réussi à faire passer un protection des travailleurs telle que les employeurs sont démunis face aux profiteurs et sont considérés comme des vaches à lait, c’est le cas de le dire.

Alors je voudrais lancer un avertissement aux syndicalistes et aux socialistes qui pensent que les employés ne sont jamais trop protégés: moi qui voulais créer des emplois, je suis aujourd’hui plus enclin à automatiser les tâches au moyen d’applications informatiques ou à engager des auxiliaires administratifs par le biais d’une entreprise d’emploi temporaire, que de me risquer à signer un contrat de travail à durée indéterminée qui pourrait me mettre dans une situation financière difficile si mon collaborateur venait à ne pas me donner satisfaction ou si je n’avais plus assez de travail pour le maintenir. N’oublions pas que ce sont les entrepreneurs qui prennent tous les risques et que, sans eux, il n’y a pas d’emploi salarié possible.

Michel Paschoud

 

* Prénoms fictifs.

Thèmes associés: Economie

Cet article a été vu 95 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions