Subventions

Il paraît que la terre entière se gausse de nous parce que nous allons voter sur les cornes des vaches. Apparemment, cela dérange les gens pour qui l’image de la Suisse vis-à-vis de l’étranger prime toute autre considération.

Pourtant, si la planète rigole, c’est qu’elle n’a rien compris au sujet de la votation. Laissons-la donc ricaner à son aise. Bien faire et laisser braire…

En réalité, au-delà de la sympathie qu’on peut ressentir à l’égard des vaches à cornes pour quelque raison que ce soit – sentimentale, esthétique ou sanitaire –, la question posée par l’initiative populaire dite «pour les vaches à cornes» est avant tout d’ordre économique: faut-il subventionner les propriétaires de vaches à cornes, qui ont besoin d’espace supplémentaire pour élever leur bétail dans de bonnes conditions? Si oui, où trouver l’argent, étant donné que l’enveloppe destinée à l’agriculture n’est pas élastique? Accorder des subventions aux éleveurs de vaches à cornes équivaudrait à diminuer les allocations dans d’autres secteurs agricoles, ce qui, paraît-il, est impossible. Voire! Est-on bien certain que les subventions octroyées actuellement sont toutes utilisées à bon escient? N’y a-t-il aucun gaspillage? On sait que, souvent, pas forcément dans le domaine agricole d’ailleurs, les bénéficiaires de subsides se débrouillent pour tout dépenser, même sans nécessité, de crainte de voir diminuer la manne l’année suivante…

Dans une société où les agriculteurs sont subventionnés pour ne pas exercer leur métier correctement et librement, il est assez humain que tous les paysans souhaitent recevoir leur part de gâteau. C’est à cela qu’il faudrait remédier. Mais ce n’est guère envisageable dans une économie centrée sur l’industrialisation, y compris en ce qui concerne les vaches, qui ont cessé d’être des animaux domestiques pour devenir des animaux de rente.

Il va de soi qu’un animal de rente doit être rentable, ce qui implique une production au coût le plus bas possible pour un profit aussi élevé que possible. C’est pour cette raison que la préférence de beaucoup d’éleveurs va aux vaches sans cornes: il faut pouvoir parquer les bêtes dans des étables ou des enclos aussi restreints que faire se peut, sans qu’elles se blessent entre elles ou présentent un danger pour les vachers et les vétérinaires qui s’occupent d’elles. On n’en est pas encore à la très controversée ferme des mille vaches française, mais on en prend le chemin. Les adversaires de l’initiative devraient donc s’abstenir de prétendre qu’on empêche les cornes des veaux de pousser pour le bien-être du bétail de rente. C’est une affaire de gros sous.

On a raison de dire que le subventionnement de l’élevage des vaches à cornes n’a rien à faire dans la Constitution. Celle-ci n’est pas un dépotoir. Mais lancer une initiative populaire est une grosse affaire et on peut donc supposer que les initiants disent la vérité quand ils déclarent en avoir été réduits à cette solution faute d’avoir été entendus – les a-t-on seulement écoutés? – à Berne.

On a raison aussi de dire qu’il ne peut y avoir de nouvelles subventions agricoles. Encore faudrait-il répartir lesdites subventions équitablement ou alors cesser complètement de subventionner l’agriculture et laisser les paysans cultiver la terre et élever leur bétail sans les contraintes qui leur pourrissent la vie. Peut-être aurait-on moins de suicides parmi eux.

M. P.

Thèmes associés: Economie - Environnement - Politique fédérale

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