Editorial

Que répondent les partisans de l’adoption définitive du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, alias Pacte sur les migrations de l’ONU, aux sceptiques qui se méfient des conséquences concrètes dudit pacte? Ne vous en faites pas, disent-ils en substance, ce pacte n’est pas contraignant.

Belle mentalité! Les autorités politiques seraient prêtes à donner leur aval à un pacte, tout en se réservant la possibilité de ne pas l’appliquer? Comment les parents responsables vont-ils ensuite pouvoir expliquer à leurs enfants que les engagements doivent être respectés, que les promesses sont faites pour être tenues?

Approuvé en juillet par l’ensemble des pays membres de l’ONU, à l’exception des Etats-Unis – l’abominable Trump ayant encore frappé –, le pacte a été adopté à Marrakech le 10 décembre. Curieusement, plusieurs pays – Autriche, Australie, Chili, République tchèque, République dominicaine, Hongrie, Lettonie, Pologne et Slovaquie – ont changé d’avis depuis juillet et renoncé à se faire représenter au Maroc. Plusieurs autres – Belgique, Bulgarie, Estonie, Israël, Italie, Slovénie et maintenant la Suisse – veulent se donner le temps de l’examen, du débat et de la réflexion.

Qu’est-il arrivé? Les responsables des pays désormais rebelles ou sceptiques auraient-ils pris tardivement la peine de lire les quarante et une pages de ce pacte?

Si c’est le cas, ils ont découvert que, quoique juridiquement non contraignant, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières leur imposait quantité d’engagements formels, ce qui est une façon de le rendre politiquement et moralement contraignant.

Ils se sont trouvés aussi devant un texte rempli d’objectifs aussi nobles qu’irréalistes, qui ne parviennent pas à dissimuler le but réel des engagements exigés, à savoir l’organisation à l’échelon mondial non seulement de «migrations sûres, ordonnées et régulières», ce qui est plutôt une bonne idée, mais aussi systématiques et massives, à propos desquelles il est constamment rappelé qu’elles doivent s’effectuer dans le respect des droits de l’homme, en tenant compte de la problématique femmes-hommes – non définie –, et des droits de l’enfant.

Bien entendu, les mesures prétendument propres à assurer des migrations sûres, ordonnées et régulières, y compris l’accès aux services de base et à un travail décent, le droit de ne pas être discriminé, le droit à une intégration harmonieuse notamment, concernent tous les candidats à la «migration». Si donc, un Suisse décide de s’installer au Zimbabwe comme immigrant régulier, toutes ces mesures devront lui être appliquées. De surcroît, le Zimbabwéen qui mettra en cause l’opportunité de sa présence dans son pays sera punissable, car l’objectif 17, qui consiste à «éliminer toutes les formes de discrimination et encourager un débat public fondé sur l’analyse des faits afin de faire évoluer la manière dont les migrations sont perçues», prévoit entre autres choses que les Etats, «afin de tenir cet engagement», devront «adopter, appliquer et maintenir en vigueur des textes de loi qui répriment les infractions inspirées par la haine visant les migrants (…)».

Il est probable que ce cas sera plutôt rare et que les migrations sûres, ordonnées et régulières se produiront plutôt dans l’autre sens. Mais sait-on jamais?

En tout état de cause, il n’est pas prouvé que les migrations «sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs».

Il n’est pas vrai, comme le prétendent ses partisans, que le pacte permettra de lutter contre l’immigration illégale. Il permettra de faciliter la régularisation des immigrés clandestins, ce qui est tout à fait différent.

L’ONU a échoué à établir la paix dans le monde. Elle a échoué à faire respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle échouera de même à gouverner les migrations.

Charbonnier est maître chez lui. Les Etats doivent rester libres d’accueillir qui ils veulent aux conditions qu’ils ont choisies. On appelle cela la souveraineté, qui n’implique nullement le rejet systématique de l’étranger.

Mariette Paschoud

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