Une île privilégiée

PolluxLe Pamphlet n° 480 Décembre 2018

L’île de North Sentinel appartient au groupe des îles Andaman, dans l’océan Indien. Sa superficie est de 72 km2. Elle est officiellement administrée par l’Inde, mais sa population – les «Sentinelles» – vit totalement coupée du monde moderne. Selon l’encyclopédie Wikipédia, l’île est défendue par des guerriers qui n’hésitent pas à tuer les intrus avec leurs flèches et leurs lances.

Jusqu’ici, le grand public n’avait guère entendu parler de l’existence de cette île et de ses ombrageux habitants. Pourtant, le 17 novembre dernier, un jeune Américain un peu naïf y a débarqué dans le but d’évangéliser cette peuplade sauvage. A peine avait-il mis les pieds sur la plage qu’il a été abattu à coups de flèches. La scène a été observée depuis le large par des pêcheurs. Personne n’a osé aller chercher le corps, qui a probablement été enterré dans le sable.

La nouvelle a fait le tour du monde. Les médias ont rapporté les faits sur un ton scrupuleusement neutre, où le choix des mots et la structuration du propos ne laissaient transparaître aucune condamnation morale. Les seules traces de jugement qu’on a pu deviner ici ou là s’adressaient plutôt au jeune missionnaire, dont on suggérait qu’il avait été imprudent – ce qui n’est guère contestable.

Ce tragique événement nous plonge dans un abîme de perplexité.

Nous découvrons en effet qu’il existe sur la Terre une communauté qui vit en autarcie complète, sans que quiconque ne semble lui contester ce droit. Personne n’est allé expliquer aux habitants de cette île qu’au XXIe siècle on ne peut plus vivre coupé du monde. Personne n’est allé leur dire que l’immigration constitue un enrichissement indispensable. Personne ne les a sommés de s’ouvrir à l’altérité, de découvrir d’autres cultures et d’autres religions (modérées ou non).

Non contents de vivre repliés sur eux-mêmes, ces gens se permettent de porter des armes et de s’en servir pour trucider les étrangers qui s’aventurent chez eux. Pourtant, la «communauté internationale» ne semble pas leur en faire grief. Personne ne leur reproche cet irrespect des droits humains. Personne ne dénonce leur comportement non démocratique et leurs dérives populistes. Personne ne leur demande de se soumettre à des juges étrangers.

Bien que ce «régime» soit manifestement incompatible avec les valeurs occidentales, il ne fait l’objet d’aucune «révolution de couleur» fomentée par des ONG télécommandées. A l’heure où nous écrivons, l’île n’a pas été anéantie sous un tapis de bombes. Pourquoi une telle mansuétude?

Un anthropologue déclare que «nous sommes les agresseurs, […] nous sommes ceux qui essayent de pénétrer sur leur territoire. Nous devrions respecter leur souhait et les laisser tranquilles». Les scientifiques qui tiennent de tels discours réalisent-ils qu’ils risquent de faire le jeu de Viktor Orbán et des autres dirigeants nationalistes qui ferment leur pays à l’immigration? Car enfin, puisqu’il faut bannir tout ethnocentrisme et toute discrimination fondée sur la couleur de peau, quelle différence reste-t-il entre les Hongrois et les indigènes de l’île North Sentinel? Nous avons beau chercher, nous ne voyons pas.

Pollux

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Immigration - Médias - Religion

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