Moins de révolutions, plus d’ordre

Nous nous sommes déjà agacé ici même, en quelques occasions, de l’insupportable propension de nos congénères à prendre aveuglément fait et cause pour ou contre tel ou tel camp en conflit, en refusant tout esprit critique, toute distance prudente et toute position personnelle et originale. Nos précédents plaidoyers contre cette logique partisane n’ayant apparemment pas suffi à faire évoluer la nature humaine, nous réécrivons aujourd’hui presque la même chose, à propos d’un nouveau sujet d’actualité: les «gilets jaunes».

Alors, pour ou contre ces contestataires fluorescents?

Du côté des partisans, on trouve tous ceux qui n’aiment pas le gouvernement de M. Macron, ceux qui n’aiment aucun gouvernement et qui se définissent comme «anti-système», les anarchistes adorateurs du chaos, les révolutionnaires de gauche comme de droite, ceux qui espèrent gagner les forces de l’ordre à leur cause, et ceux qui sont viscéralement hostiles à la vue d’un uniforme. On y trouve aussi des gens simples qui voudraient simplement payer moins d’impôts et recevoir davantage d’argent de l’Etat. S’y ajoutent de nombreuses voix critiques à l’encontre de la presse et des journalistes, accusant ces derniers tantôt d’être trop à droite, tantôt d’être trop à gauche.

Les adversaires de ce mélange hétéroclite, ce sont les élites, les profiteurs du système, ceux qui ont trouvé une situation où ils reçoivent beaucoup d’argent de l’Etat en payant peu ou pas d’impôts. Ce sont les révolutionnaires qui ont déjà réussi leurs révolutions – et donc la plupart des journalistes, y compris les plus gauchistes d’entre eux, qui se retrouvent soudain, la peur aidant, à défendre les CRS. Mais il faut aussi compter tous ceux qui redoutent le caractère destructeur des révolutions, ainsi que les nombreux artisans et commerçants qui ne demandent qu’à pouvoir faire leur travail en paix et dans le calme.

Il y a des braves gens chez les uns et chez les autres, et aussi, de part et d’autre, de vilains moineaux.

On est bien d’accord que le gouvernement actuel de la France ne sert pas les intérêts du pays; qu’il méprise et exploite une partie de la population; qu’il y a quelque chose de risible à voir l’intelligentsia politico-médiatique se pencher avec un mélange de crainte et de curiosité sur ce bas peuple qu’elle ne côtoie jamais et ne connaît pas; que la manière dont les «gilets jaunes» sont présentés dans les médias n’est généralement pas dictée par la recherche de la vérité mais par une volonté de dénigrement et de mise en scène; que l’officialité tente des «opérations de communication» pathétiques et saisit toutes les occasions pour détourner l’attention sur d’autres sujets.

Pour autant, on doit aussi admettre que le blocage des axes de communication et des centres-villes a certainement causé des pertes exorbitantes pour l’économie française et ses entreprises; que ces désordres ont contribué à appauvrir le pays plutôt qu’à le libérer; que cet appauvrissement est cyniquement accepté par certains qui espèrent que cela accélérera la révolte; et aussi que les revendications des «gilets jaunes», telles qu’on peut en trouver des ébauches dans la presse, forment un inextricable fourre-tout faisant la part belle (pas seulement mais tout de même) à un accroissement du dirigisme étatique auquel les Français sont habitués et qui a toujours empêché leur pays de devenir prospère. Dans ce mouvement, on ne voit émerger aucun chef ni aucune vision politique; on a seulement l’impression d’assister à la charge d’un troupeau de bêtes furieuses ou blessées, ayant sans doute quelques motifs d’être furieuses ou blessées, mais fonçant tête baissée sans savoir contre quoi ni où cela les mènera.

Il ne faut donc pas analyser ces événements en termes de «gentils» et de «méchants». (Ce thème a inspiré un clip vidéo humoristique des gilets jaunes, qui n’a toutefois pas dépassé une logique militante et donc manichéenne.) On devrait plutôt garder à l’esprit que la tentation du mal – la tentation de tricher, de mentir, de s’enrichir indûment, d’user de la violence – réside en tous les individus et qu’elle se manifeste chez beaucoup d’entre eux lorsque l’occasion se présente. Quand l’ordre public règne, quand la société est prospère et structurée par des mœurs communes, ces occasions restent relativement rares. Mais dans une situation de chaos révolutionnaire, quand chacun craint pour ses conditions de vie et que la seule loi qui s’applique est celle du plus fort, alors les occasions de mal se comporter deviennent omniprésentes, tant pour les autorités que pour le reste de la population.

Dans la France d’aujourd’hui, tout le monde est dressé contre tout le monde: politiciens contre simples citoyens, riches contre pauvres, pauvres de gauche contre pauvres de droite, urbains contre ruraux, femmes contre hommes, population contre forces de l’ordre, et même gendarmes contre policiers.

Ce dont la France aurait besoin, ce n’est pas d’une xième révolution, mais au contraire d’un retour à un ordre véritable.

Pollux

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