Editorial

 «Les réformés de Suisse formeront une seule Eglise», se réjouit le journal Réformés de février 2019.

En effet, les délégués de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse ayant ratifié leur nouvelle constitution – ça fait plus sérieux que leurs nouveaux statuts – le 18 décembre 2018, l’association faîtière jusqu’ici connue sous le sigle de FEPS deviendra «une Eglise nationale» baptisée Eglise évangélique réformée de Suisse, EERS pour les intimes. «Pour les protestants en (sic) Suisse, cela signifie qu’on appartient à la  même Eglise. Bien au-delà de la paroisse, on forme une grande communauté. Et vis-à-vis de l’extérieur, cela nous offre une voix d’importance nationale», explique le président de la FEPS Gottfried Locher, cité par le magazine des Eglises réformées de Suisse romande.

On fera remarquer d’abord que les protestants suisses n’ont pas besoin d’une Eglise fédérale auto-proclamée pour faire partie de la même Eglise, puisqu’ils appartiennent tous à l’Eglise universelle. En second lieu, il semble bien que les communautés paroissiales soient une fois de plus considérées comme des entités de seconde zone, alors que c’est en leur sein, avant tout, que se vit le protestantisme dans nos cantons, n’en déplaise aux modernistes de toutes sortes. Enfin, il est patent que la FEPS souffre d’un complexe d’infériorité du fait qu’elle est une simple association faîtière sans grande audience et sans autorité véritable sur les Eglises cantonales ou indépendantes qui lui envoient des délégués.

Sous couleur de favoriser l’unité, l’assemblée des délégués de la FEPS a donc mis sur pied une structure centralisatrice, plus ou moins calquée sur le système politique fédéral, dans laquelle, théoriquement, «l’EERS et les Eglises membres respectent le principe de subsidiarité. Selon ce principe, la communion d’Eglises n’assume une tâche que si elle ne peut pas être réalisée au niveau des Eglises membres ou de leurs associations» (art. 5, al. 4 de la «constitution»), étant précisé que «des Eglises membres de l’EERS peuvent1, à titre individuel, effectuer des tâches sur délégation de l’EERS» (ibid, al. 5), ce qui tend à montrer que, dans un certain  nombre de cas, au moins, les ordres – pardon: les autorisations –, viendront de l’échelon fédéral, en contradiction avec le principe de subsidiarité. Cette tendance est d’ailleurs confirmée par l’art. 17, al. 4 de ce qu’on nous sert comme une constitution: «Les décisions prises par le Synode de l’EERS ont un effet contraignant pour les Eglises membres. Les règlements en vigueur dans les différentes Eglises membres restent réservés.»

Je vous passe tout ce qu’il y aurait à dire sur le côté ecclésialement correct de la «constitution», auquel la FEPS nous a habitués depuis longtemps.

Le passage de la FEPS à l’EERS devrait survenir le 1er janvier 2020. La ratification, en 2019, de la fameuse constitution par les synodes des Eglises affiliées semble considérée comme acquise.

J’espère, sans trop y croire je l’avoue, qu’il n’en est rien et que les Eglises membres de la FEPS désavoueront leurs délégués et refuseront de reconnaître une «Eglise» qui n’est rien d’autre qu’une ONG de plus; qui, contrairement aux Eglises cantonales, ne dispose d’aucun ancrage institutionnel et ne représente donc qu’elle-même; qui, enfin, confond unité et centralisme.

Ce n’est pas en compliquant la vie de nos Eglises par l’introduction d’un échelon supplémentaire qu’on remplira les temples.

Mariette Paschoud

1 Souligné par moi.

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