En piste les artistes!

Vivant en Catalogne depuis bientôt douze ans, j’ai vu passer toutes les étapes du processus indépendantiste catalan et l’agitation qui en a découlé. Ces derniers mois, je dois avouer que la vie politique espagnole a pris un tour burlesque. Mon propos aujourd’hui n’est pas d’entrer sur le fond des problèmes, mais sur la forme que prend la pratique de la politique.

Ce n’est un secret pour personne que l’Espagne n’est pas au mieux de sa forme économique. Ravagée par une crise qui a cumulé les méfaits de la bulle immobilière avec ceux de la dette internationale, gangrénée par les scandales de corruption qui impliquent toutes les tendances politiques, avec un net avantage il est vrai pour les élus du Parti Populaire, et fragilisée par les tendances sécessionnistes des Catalans et des Basques, l’Espagne, en tant que nation, n’est pas au mieux de sa forme.

Mais tous ces problèmes pourraient être gérés par des représentants du peuple soucieux de trouver des solutions et de faire au mieux pour le bien de la collectivité. Que nenni! On assiste depuis des mois à un spectacle au mieux divertissant, au pire pathétique. Les élites autoproclamées s’affrontent à grands renforts de communication fracassante, de convocations de manifestations, les uns pour la liberté des prisonniers politiques, les autres pour l’unité de l’Espagne. On fait tout, sauf ce pour quoi on a été élu: de la politique. Et c’est sans la moindre vergogne que Monsieur Casado, chef de file du Parti Populaire, épinglé il y a quelques mois à peine pour avoir obtenu un master de complaisance, et Monsieur Ribera son complice, également attrapé à rajouter sur son curriculum des diplômes inexistants, se posent en modèles de vertu, distribuant leçons et condamnations à leurs adversaires.

De l’autre côté, Monsieur Sanchez, le nouveau président, qui a obtenu son poste grâce au soutien des partis indépendantistes catalans, auxquels il avait promis un changement d’attitude et une négociation face à face pour sortir de l’impasse, répète comme un disque rayé que le dialogue est ouvert, mais qu’en résumé il n’est pas question de négocier quoi que ce soit.

Et bien je dois avouer que cela m’agace. J’ai personnellement le projet de me lancer un jour en politique. Rien de bien ambitieux, un peu d’implication dans la gestion de ma commune, rien de plus. Mais qu’on le fasse à l’échelle d’une commune ou d’un pays, il me semble que les principes devraient être les mêmes. La politique est la gestion de la «polis», la cité des Athéniens, et celles et ceux qui sont appelés à s’y impliquer devraient réunir un certain nombre de qualités: altruisme, car celui qui va gérer les affaires publiques doit garder à l’esprit qu’il agit pour le compte et dans les intérêts de tous ses administrés, et pas seulement de ses électeurs; intégrité, car la corruption est la principale cause de distorsion de l’égalité de traitement, condition nécessaire à la justice; compétence, car personne ne peut bien faire un travail auquel il ne connaît rien. Or la tendance va malheureusement dans le sens contraire. On confie la marche du pays à des gens qui ont étudié les sciences politiques et la communication mais ne savent rien des départements qu’ils vont devoir gérer. A quand un ministre de la santé médecin, un ministre de la justice juriste, un ministre de l’éducation enseignant, et un premier ministre philosophe?

Au lieu de cela, on nous sert chaque jour, aux informations, le même spectacle affligeant: une bande de clowns tout confits d’importance, s’agitant devant les caméras des médias complices, rivalisant désespérément pour monopoliser le micro et faire parler d’eux. Si ces imbéciles passaient ne serait-ce que la moitié du temps qu’ils consacrent à leur communication à chercher des solutions aux problèmes du monde, nous vivrions certainement tous beaucoup mieux. Mais s’il est vrai que le monde change, l’homme guère, et ce qui était vrai à Rome le reste aujourd’hui: de la bouffe et du spectacle.

Dormez braves gens, on veille pour vous.

Michel Paschoud

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