Editorial

Le Conseil fédéral et les Chambres sont toujours pleins d’idées quand il s’agit de trouver des sous pour financer le système de soins. La dernière en date consiste à faire passer la franchise minimale, dite franchise ordinaire, de 300 à 350 francs1 aussitôt que les coûts bruts moyens par assuré auront dépassé la franchise ordinaire actuelle multipliée par treize, à savoir 3900 francs. Autant dire que c’est pour tout de suite, puisque, paraît-il, ces coûts se montaient à 3777 francs en 2016 et n’ont cessé d’augmenter depuis lors. Pour couronner le tout, il est prévu que le montant de la franchise sera ensuite indexé à l’évolution des coûts. Réjouissons-nous donc: dès que ceux-ci évolueront vers le bas, la franchise diminuera.

On ne peut pas empêcher les prétendus représentants du peuple de prendre leurs électeurs  pour des sots, mais il serait courtois de leur part de ne pas le manifester avec autant d’impudence. Qui croira que les coûts de la santé vont cesser de croître grâce à la hausse de la franchise? Le seul résultat de cette brillante idée sera d’ajouter cette augmentation à celle des primes sans le moindre bénéfice pour les assurés.

Les socialistes envisagent de lancer un référendum, car, explique l’un d’entre eux, «les risques sont réels que certains renoncent à se faire soigner, ce qui augmentera les coûts»

Je ne me fais pas trop de souci de ce côté-là. Ceux qui ne peuvent pas se permettre de voir grimper la franchise de base et n’ont pas droit à l’aide sociale ont déjà renoncé à se faire soigner. Certains ont même carrément cessé de payer les primes.

Pour la «droite», l’enjeu est pédagogique, car «le nouveau mécanisme renforcera la responsabilité individuelle des assurés» et, «grâce à ce système, les assurés ne devraient plus aller chez le médecin pour chaque petit bobo».

Je doute qu’une augmentation de cinquante francs par année – dans un premier temps – dissuade les assurés point trop pauvres d’«amortir» leurs primes en se rendant chez leur médecin plus souvent qu’ils ne le feraient s’ils étaient maîtres de leurs dépenses. D’ailleurs, sous la rubrique Réactions de nos lecteurs, à droite du compte rendu de 20 minutes, on peut lire ce cri du cœur: «50 fr. d’augmentation? OK, je consommerai 400 fr. de plus de prestations: des analyses ou consultations en plus.»

Le système de l’assurance maladie obligatoire fondé sur une pseudo-concurrence des caisses est vicié par le fait même de l’obligation. On ne peut pas «responsabiliser» des gens qui se sentent pris en otages.

Qu’on se décide à supprimer l’obligation et on s’apercevra que les caisses maladie, contraintes pour survivre de varier leurs offres en fonction des situations individuelles et des besoins économiques de chacun, sauront faire preuve d’imagination pour fidéliser des assurés redevenus conscients de leurs responsabilités vis-à-vis d’eux-mêmes, de leurs familles et même de la communauté. Certes, il restera toujours une frange de la population qui refusera de payer des primes. Mais cette frange existe aussi dans le système actuel. Quant aux individus trop pauvres pour payer des cotisations quel qu’en soit le montant, ils devront bénéficier d’une aide, comme c’est le cas aujourd’hui.

Pour réformer le système, il suffirait d’une volonté politique.

Hélas! ça ne se trouve pas sous le pas d’un cheval.

Mariette Paschoud

 

1 20 minutes du 6 mars 2019.

Thèmes associés: Politique fédérale

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