Editorial

Je ne sais si c’est dû à l’approche du printemps, mais plusieurs collaborateurs du Pamphlet ont choisi la brièveté. Nous vous proposons donc un «numéro de Pâques» plutôt léger. Cela dit, parlons votation..

Le 19 mai, les Suisses seront appelés à se prononcer pour ou contre la nouvelle loi sur les armes. La campagne bat son plein, avec son lot d’exagérations et de contre-vérités.

Dans la rubrique L’invité de 24 heures du 4 avril, M. Philippe Miauton, directeur adjoint de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, monte au créneau en faveur de la nouvelle loi concoctée à Berne pour complaire à l’Union européenne et éviter que celle-ci ne nous exclue des accords de Schengen et de Dublin.

 Dans un premier temps, M. Miauton fait remarquer, non sans raison, que l’adoption de cette loi ne serait pas un désastre irréparable pour les tireurs de notre pays.

Ensuite, il entreprend de nous annoncer les dommages irrémédiables qu’engendrerait pour la Suisse un «non» à la loi sur les armes.

Cramponnons-nous: exclus de l’Espace Schengen, les Suisses devraient recommencer à faire la queue pour présenter leurs papiers d’identité dans les aéroports, ce qui entraverait leur liberté de déplacement; les contrôles systématiques des véhicules aux frontières seraient rétablis, avec les bouchons que cela implique, sans compter les difficultés économiques; la Suisse devrait de nouveau délivrer des visas, d’où des retombées négatives sur le tourisme; privée du Service d’information Schengen (SIS), qui permet aux polices européennes de collaborer par-dessus les frontières, la Suisse serait isolée. Exclue de l’accord de Dublin, la malheureuse Helvétie se retrouverait toute seule face à la politique migratoire, devrait contrôler toutes les demandes d’asile et ne pourrait plus réexpédier les «migrants» dans le pays où ils ont demandé l’asile en premier lieu.

L’apocalypse, en pire.

On comprend que les milieux économiques souhaitent maintenir en l’état les relations de la Suisse avec l’Union européenne, voire les rendre plus étroites encore. Cette situation leur simplifie la vie et, comme ils raisonnent essentiellement en termes de marché, ils voient d’un très mauvais œil une éventuelle rupture, qui pourrait de surcroît se répercuter sur la libre circulation des personnes, biens, services et capitaux.

Mais ce n’est pas une raison pour peindre le diable sur la muraille.

Les Suisses devraient faire la queue dans les aéroports? La belle affaire! Ils la faisaient encore il y a à peine plus de dix ans et n’en mouraient pas. N’oublions pas que les accords de Schengen et de Dublin sont entrés en vigueur en décembre 2008.

Les Suisses devront affronter des bouchons aux frontières? Allons donc! Il ne faut pas des heures à un garde-frontière pour examiner deux ou trois pièces d’identité. D’ailleurs, je me rappelle avoir roulé plus d’une fois, dans les années nonante, de Suisse en Espagne et retour sans sortir mes papiers d’identité ni ceux de ma famille.

La Suisse devrait de nouveau délivrer des visas au grand désavantage du tourisme? Ne plaisantons pas! C’est le coût de la vie qui rebute les touristes, pas la nécessité de demander un visa. Après tout, il faut bien en demander un aussi quand on se rend dans un pays extra-européen.

Exclue du Service d’information de Schengen, la Suisse se verrait privée de collaboration avec les polices de l’UE. Vraiment? Interpol existe toujours, il me semble.

La Suisse devrait faire cavalier seul en matière de politique migratoire? Encore heureux! S’il y a un domaine dans lequel la souveraineté doit s’exercer pleinement, c’est bien celui-là. Certes, la Confédération ne pourrait plus renvoyer les indésirables en France ou en Italie, mais elle serait compétente pour prendre des mesures propres à les empêcher d’entrer sur son territoire.

En fait, avec un peu d’imagination et de volonté politique de la part des autorités fédérales, chacune des «catastrophes» qu’on nous annonce pour nous faire peur pourrait être affrontée, non sans inconvénients certes, mais sans dégâts majeurs, y compris pour l’économie.

Quand l’Union européenne veut obtenir la soumission de la Suisse, dont la de moins en moins grande indépendance lui est insupportable, elle se fait menaçante, avec des chances de succès d’autant plus grandes que certaines organisations économiques lui servent de caisses de résonance. Comme les autorités fédérales ont perdu depuis longtemps l’habitude de montrer les dents quand une puissance étrangère s’en prend à la souveraineté du pays, Bruxelles joue sur le velours.

Je crois pourtant que, si nous tapions du poing sur la table au lieu de lécher les bottes de gens aussi intéressants que Jean-Claude Juncker et ses pareils, nous nous ferions respecter bien davantage qu’en continuant à jouer les carpettes. Peut-être même que l’UE, qui a aussi besoin de la Suisse, renoncerait à nous éjecter de ses traités: oignez vilains il vous poindra, poignez vilain il vous oindra.

En tout état de cause, il faut voter «non» le 19 mai, pour les tireurs et, surtout, pour que cesse la tyrannie des eurocrates.

Mariette Paschoud

Thèmes associés: Armée - Politique fédérale - Politique internationale

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