Imprévoyance

Les artistes et les auteurs du passé ne comprenaient rien au monde d’aujourd’hui. Ils ont donc commis des œuvres inadmissibles aux yeux des chiens de garde de l’orthodoxie idéologique actuelle.

Hylas et les Nymphes est une œuvre du peintre victorien John William Waterhouse (1849-1917) inspirée de la mythologie grecque, qui évoque l’enlèvement de l’adolescent Hylas, éromène d’Héracles, par des nymphes aux seins nus. Cette peinture appartient à la collection de l’Art Gallery de Manchester, dont la conservatrice est une féministe échevelée. Celle-ci a donc jugé que le tableau, qui, à son avis, met en scène des femmes passives ou fatales, ne pouvait être exposé, à notre époque, sans une «contextualisation», à savoir une interprétation conforme à l’esprit de notre temps, et un débat public. Ce dernier a tourné, heureusement, à la confusion de la dame, accusée d’abus de pouvoir et de tentative de censure1.

Le pire a été évité cette fois-ci. Mais il faut être vigilant, car de la plus haute antiquité au siècle passé, aucun écrivain, aucun peintre, aucun sculpteur n’a pris l’élémentaire précaution de ménager les sentiments des gens, en particulier des femmes, du XXIe siècle. Quel manque d’égards!

L’eussent-ils fait que nous aurions dans nos musées des œuvres vraiment dignes d’être exposées, qui représenteraient des militantes aux seins nus défendant dans la rue la cause des femmes ou les personnalités en vue qui font du strip-tease à la télévision pour sensibiliser le public au dépistage des cancers des testicules, de la prostate et du sein2.

On ne saurait assez reprocher à ces vieilles gloires ringardes d’avoir à ce point manqué de prévoyance.

M. P.

 

1 Cf. notamment: https://www.bilan.ch/opinions/manchester_un_tableau_victorien_censure_par_une_conservatrice_feministe.

2 20 minutes du 4 avril.

Thèmes associés: Culture - Egalité, discriminations

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