Il y a urgence! Après la manucure, on sauve le monde

Le monde va mal. De nombreux pays sont en guerre (même s’il ne s’agit «que» de guerres civiles); des populations sous-développées (non, pardon: en voie de développement, en développement avec aisance, voire sur le point d’être totalement développées) ont besoin de l’aide des pays occidentaux. J’en passe et des meilleures.

Heureusement, on est là pour hiérarchiser les préoccupations. En premier lieu figure la dénonciation ferme de tout ce qui se situe un chouïa à droite du centre, et qui est, par là même, nauséabond: «Non, mais tu sais quoi, Ginette, il y a un type qui veut renforcer la sécurité…?!?»; «Oh, mon Dieu, ça rappelle les heures les plus sombres de l’histoire; on reprend un smoothie mangue-kiwi-piment d’Espelette avant de passer à la manucure?»

Ensuite, il y a la violence: «Ohhhh? c’est horrible ces attentats; et dire que j’étais à Paris le week-end d’avant. J’en suis encore toute retournée!!! Et heureusement que la SNCF était en grève ce jour-là: le fils de Ginette avait prévu de se rendre en France!»

Maintenant, on en vient aux choses sérieuses: le climat. Les jeunes «conscientisés» organisent depuis quelques mois des «actions» en faveur du climat (à l’issue desquelles ils laissent traîner leurs déchets – pour ne pas mettre les employés de la voirie au chômage, sans doute – et organisent leur voyage d’«étude» à Barcelone ou, mieux, à Amsterdam; mais c’est l’intention qui compte). Un bémol, tout de même: tous n’ont pas eu la chance de voir leur démarche «citoyenne» approuvée de manière suffisante. La rumeur dit que certains établissements scolaires – aux visions nauséabondes – n’ont  pas voulu reconnaître les absentéistes comme des héros de la résistance contre les exactions humaines qui détruisent  la planète (autrement dit, ils n’étaient pas autorisés à «courber les cours»). A côté de cela, d’autres institutions, tout en reconnaissant l’importance de la protection du climat et de l’environnement, et donc la légitimité de la démarche, ont fait savoir à leurs élèves (futurs ingénieurs étudiant à Yverdon, mais je n’en dirai pas plus…) qu’elles n’avaient prévu aucune «mesure générale de suspension des cours, de report de tests ou autres, un tel allégement dénaturant la nature (sic) de la manifestation».

Et on en arrive enfin à l’essentiel: le triste sort de la femme (pour être plus précis: des femmes, lesquelles se définissent, paraît-il, comme «toute personne qui n’est pas un homme cisgenre – soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance». Ah.); mais le vrai problème n’est pas le sort des femmes dans le monde (si on s’offusque  mollement du sort réservé aux épouses infidèles lapidées, c’est pour la galerie), mais, chez nous, en Suisse: les femmes qui travaillent subissent encore des discriminations salariales (c’est un fait établi; essayer de démontrer que ce n’est pas si sûr est presque aussi grave que d’affirmer… qu’il n’y a pas de crème dans les authentiques pâtes carbonara…); d’après les statistiques, même si Monsieur s’implique de plus en plus dans l’éducation et les tâches ménagères, Madame continue à y consacrer un plus grand nombre d’heures; Ginette a arrêté de travailler pour s’occuper de ses enfants, sans se rendre compte qu’il ne s’agissait en réalité pas d’un choix, mais qu’elle était lobotomisée par la société patriarcale. Et comble du comble, l’espace public a été pensé et aménagé par des hommes pour les hommes (c’est un fait établi; essayer de démontrer que ce n’est pas si sûr est aussi grave que d’affirmer… qu’il n’y a pas de «h» à Natalie…).

Bref, pour toutes ces excellentes raisons et bien d’autres, certaine mouvance féministe a jugé utile d’organiser en Suisse une «grève des femmes» le 14 juin prochain, avec des actions propres à susciter une véritable «prise de conscience», parmi lesquelles un «concert de casseroles» à minuit et une minute (chassez la réalité… Quitte à empêcher le brave citoyen de dormir, j’aurais choisi, pour le bien de la «cause», un concert de clefs à molette; mais curieusement, personne ne m’a consulté).

Le fameux établissement formant de futur-e-s ingénieur-e-s à Yverdon (et dont je continuerai à taire le nom, même sous la torture) a tranché quant à la hiérarchie des causes à soutenir: «Aucun examen écrit ou oral ne sera planifié le 14 juin 2019; dans la mesure du possible, aucun test ou activité d’évaluation ne seront organisés ce même jour; les étudiant-e-s ne seront dès lors pas confrontés à d’éventuelles conséquences de la grève (…).»

A tout prendre, je préfère être un vieil imbécile plutôt qu’un pseudo-progressiste.

Iratus

Thèmes associés: Ecole - Economie - Egalité, discriminations - Environnement - Société

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