Les nouveaux épurateurs

Après Hergé et Louis Agassiz, voici que Le Corbusier est dans le viseur des nouveaux épurateurs. Les deux premiers cités ont eu le tort de vivre à une époque, pas si lointaine, où les sociétés africaines faites essentiellement de tribus aux mœurs primitives, étaient considérées en Europe comme semi-sauvages.

Jusqu’à une époque récente, il était admis partout comme une évidence que le degré de civilisation n’était pas identique entre une tribu hutu et les paroissiens de la basilique Saint- Pierre de Rome, et qu’un concert de djembé ou de balafon n’avait pas la finesse d’une symphonie de Mozart. Cette constatation n’impliquait évidemment nulle haine, tout au plus le regard affectueux du père de famille s’amusant des maladresses de ses plus jeunes enfants.

Mais c’est précisément ce paternalisme, cette prétention à hiérarchiser le degré de développement civilisationnel que les épurateurs ne supportent plus. Tout discours qui prétendrait distinguer l’évolution plus avancée d’un groupe humain par rapport à un autre, surtout si les deux groupes sont issus d’une race différente, serait non seulement un discours aux fondements scientifiques discutables, mais un discours nauséabond. Même l’existence de races humaines différentes est niée.

Le cas du Corbusier est différent, car c’est son antisémitisme qui est aujourd’hui déterré par les épurateurs. Un individu qui n’aime pas les juifs est à l’évidence un esprit dérangé. On peut lui reconnaître, comme à Céline, des talents d’écrivain, ou quelque talent architectural, mais pas au point de lui conférer des titres au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’hystérie est telle que toute critique relative, par exemple, à un banquier pour son action dans une opération financière déterminée sera tenue pour une preuve d’antisémitisme, de même que toute critique des excès israéliens dans la bande de Gaza.

Et lorsque vous faites observer à votre interlocuteur proche des épurateurs que ce sont les Etats tyranniques et totalitaires qui briment la libre expression des opinions, on vous rétorque que le discours nauséabond que vous tenez n’est nullement une opinion, mais un délit. C’est en effet un des caractères de l’Etat totalitaire de qualifier toute opinion contraire à la doxa de délit et d’instituer dans le code pénal une disposition dans ce sens.

C’est ce qui permet aux nouveaux épurateurs de s’adonner à leur activité favorite: la traque des délinquants d’opinion et la délation. Ils travaillent déjà à un progrès de la répression pénale: que les racistes, les antisémites, les homophobes, et les révisionnistes soient exhibés dans les rues sur le chemin de la prison, nus et le crâne rasé, sous les huées et les crachats des bonnes gens.

C. P.

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Justice

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