Editorial

Klaus Schwab, vous connaissez? C’est un monsieur très important, car il est président à vie du Forum économique mondial, qu’il a fondé en 1971 sous le nom de Symposium européen de management et qui se réunit à Davos chaque année dans le but officiel d’améliorer le sort notre triste monde.

Ueli Maurer, vous connaissez. C’est l’actuel président de la Confédération et chef du Département fédéral des finances; un politicien estimable, dans l’ensemble.

Mais ne voilà-t-il pas que ce respectable conseiller fédéral s’est mis en tête que M. Schwab est un bienfaiteur de notre pays et mérite qu’on lui rende hommage et qu’on lui octroie la nationalité suisse1.

Cette brillante idée a malheureusement rencontré un certain scepticisme au sein du monde politique, notamment de l’UDC, parti de M. Maurer, qui, tout en reconnaissant que «les mérites de Klaus Schwab sont incontestés», estime qu’une telle manifestation de reconnaissance de la part de l’Etat envers un individu serait contraire aux traditions suisses.

De fait, il n’existe en Suisse aucune décoration comparable à l’Ordre national de la Légion d’honneur ou à l’Ordre national du Mérite décernés à un peu n’importe qui par nos voisins français. La Confédération en est donc réduite à exprimer sa reconnaissance et ses félicitations par des discours assortis d’une boîte de chocolat ou d’un carton de bouteilles. Ça manque de prestige et ça ne peut pas s’arborer dans les réunions mondaines.

Faut-il donc trouver autre chose? La naturalisation en guise de médaille, avec un mini-passeport suisse pour la boutonnière?

Mais que se produirait-il si on commençait à octroyer la nationalité suisse à des étrangers méritants? Faudrait-il l’attribuer à titre posthume à Charles Aznavour, qui, par ses chansons, dont plusieurs écrites dans notre pays, a probablement fait beaucoup plus pour le bonheur des Suisses que Klaus Schwab avec ses réunions de Davos? Faudrait-il en faire bénéficier des sportifs dont les exploits ont passionné les citoyens helvétiques et qui résident au bord de nos lacs, comme Michael Schumacher? Ou peut-être quelque «migrant» auteur d’un acte héroïque?

Cette idée n’a jamais effleuré personne.

Pourquoi dès lors devrait-on transformer en citoyen suisse un Klaus Schwab, qui, d’ailleurs, ne s’en soucie pas, qui habite près de Genève depuis fort longtemps et n’a jamais fait la moindre demande de naturalisation?

Quant aux «mérites incontestés» de l’homme qui préside le Forum depuis quarante-huit ans, ils consistent essentiellement à organiser chaque année, avec une flopée d’employés, une rencontre qui réunit toutes les personnalités du monde politique, économique, scientifique et «culturel» à la mode – des mains à serrer devant les caméras – y compris cette année Mlle Greta Thunberg; qui coûte plusieurs millions en frais de surveillance et de sécurité, principalement répartis entre la Confédération, le canton des Grisons et la commune de Davos, sur le dos des contribuables évidemment; qui inflige des nuisances considérables à la population locale; qui, enfin, est aussi utile aux habitants de la planète que l’ONU, le G7 ou le G20.

Que ce personnage reste donc Allemand! Et que M. Maurer retrouve son bon sens!

Mariette Paschoud

 

1 20 minutes du 19 août.

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Politique fédérale

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