Editorial

Le canton de Vaud veut prendre des mesures contre les trafiquants de drogue qui infestent les rues de certains lieux. Le Grand Conseil en a longuement débattu le 8 octobre1. Ce n’est pas trop tôt!

On apprend avec intérêt que le Conseil d’Etat va présenter, «vraisemblablement en 2020» –  mais peut-être pas –, un plan d’action global basé sur les quatre piliers de la politique de la drogue prévus par la loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes (prévention, thérapie, réduction des risques, répression et régulation du marché). Apparemment, des tas de gens y réfléchissent déjà dans divers départements, car l’approche doit être transversale – très à la mode ça, la transversalité.

La conseillère d’Etat Béatrice Métraux, chef du Département des institutions et de la sécurité, a fait savoir que l’Ecole des sciences criminelles et la ville de Lausanne étaient associées à cette démarche. Allons, tant mieux!

Lausanne a commandé une étude, qui lui permettra de «mieux connaître la manière dont les villes de Berne et Zurich gèrent la problématique du deal de rue», et a prévu une rencontre avec les autorités bernoises en décembre.

Autrefois, on nommait des commissions. Aujourd’hui, on commande des études, et on prévoit des rencontres, pour savoir ce qui se passe ailleurs, alors qu’un coup de téléphone à une personne compétente suffirait à obtenir les informations utiles. On annonce des solutions globales pour un de ces jours, on ne sait pas trop quand, car la réflexion transversale, ça prend du temps.

Il y a des années que le problème du trafic de rue est connu. Il faudra encore des années pour que le «plan d’action global» soit mis en œuvre, si tant est qu’il le soit un jour. De plus, ce fameux plan global fondé sur les quatre piliers ne peut qu’être inefficace, puisque le seul volet qui concerne les trafiquants, à savoir la répression et la régulation du marché, se contente de «[contribuer], par des mesures de régulation servant à appliquer l’interdiction des drogues illégales, à réduire la consommation de drogues»2. En fait, on ne réprime pas, on régule et on amuse les trafiquants.

D’ailleurs, Mme Métraux, devant le Grand Conseil, a annoncé d’emblée la couleur: «“Il y a un marché, une demande qui continuera même si vous mettez les petits dealers en prison”, a-t-elle dit, rappelant que les prisons sont déjà pleines à plus de 60% de détenus condamnés pour affaires de stupéfiants.» C’est beaucoup. Mais la plupart d’entre eux ne font qu’entrer et sortir, les peines n’étant pas assez lourdes pour empêcher la récidive.

Je cherche vainement, dans les démarches et discours qu’on nous propose, une volonté politique.

Je crois volontiers que le problème est difficile à résoudre. Faut-il pour autant baisser les bras, noyer le poisson et se réfugier derrière la fatalité?

Mariette Paschoud

 

1 https://www.lematin.ch/suisse/suisse-romande/vaud-veut-des-mesures-contre-les-dealers/story/14659023.

2 https://www.fr.ch/smc/sante/prevention-et-promotion/politique-suisse-des-quatre-piliers.

Thèmes associés: Justice - Politique vaudoise

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