C’était mieux avant

Avec l’écoulement des années, nous nous apercevons que nous passons de plus en plus de temps à rechercher et à regarder d’anciennes photos des lieux que nous connaissons. Nous sommes fascinés à l’idée de retrouver des paysages, des quartiers, des rues et des maisons tels que nous les avons vus lorsque nous étions enfants, ou parfois tels qu’ils étaient avant notre naissance, et qui ont complètement changé, voire disparu depuis lors. Nous nous replongeons dans le monde de nos souvenirs, ou dans un monde qui, à quelques années près, aurait pu être celui de nos souvenirs. Et ces souvenirs, généralement floutés, brouillés, partiels, affaiblis et déformés par le temps, nous les confrontons avec les archives photographiques que nous déterrons et qui redonnent à notre mémoire des contours plus nets – autant que peuvent le faire les anciennes prises de vue. Avec ravissement et nostalgie, nous comparons le passé avec le présent, en concluant neuf fois sur dix que c’était mieux avant.

Une première réflexion: internet, Google et les réseaux sociaux nous apportent une aide fantastique dans cette recherche d’anciennes photos ou d’anciens films, issus souvent de collections privées. On a beau mépriser le monde moderne, il faut tout de même reconnaître ses avantages.

Une deuxième réflexion: nos recherches sur internet, justement, nous permettent de découvrir de nombreuses autres personnes qui partagent notre passion pour le passé. Des groupes se forment sur les réseaux sociaux pour partager des images d’autrefois. Les esprits conservateurs sont plus nombreux qu’on le pense.

Une troisième réflexion: s’agit-il vraiment de conservatisme? Le plaisir de retrouver des souvenirs d’enfance et l’intérêt d’observer l’évolution du monde ne sont-ils pas des réflexes communs à tous les êtres humains? Tout dépend, au fond, du jugement que nous portons sur cette évolution. Il existe des gens qui, lorsqu’ils regardent des images du passé, se réjouissent de ce que ce passé a disparu. Ce ne sont pas des gens que nous fréquentons, mais nous savons qu’ils existent… Quant aux nostalgiques du passé, ils expriment des conservatismes parfois très différents. Certains rêvent d’une époque où il y avait moins de constructions, moins de béton, moins de véhicules polluants et davantage de nature intacte. D’autres se languissent d’un temps où il y avait moins d’étrangers, où les gens s’habillaient comme il faut et se comportaient convenablement, et où la morale, la philosophie et l’enseignement étaient plus traditionnels. Les uns et les autres peuvent éventuellement se retrouver dans la nostalgie d’un monde où nous étions moins nombreux et où la pression démographique était moins forte. Le passé, hélas, n’était pas toujours conforme à l’image que nous nous en faisons aujourd’hui, mais les anciennes photographies, heureusement, nous montrent ce que nous avons envie d’y voir.

Une conclusion: on peut certes rêver de l’avenir, mais c’est difficile car il s’agit d’un temps que nous ne connaissons pas encore. Il est souvent plus facile et plus agréable de rêver du passé, parce que c’est un temps connu, directement ou indirectement, et donc un temps qui nous est plus intime. Cela explique pourquoi les discours électoraux des politiciens ne réussissent pas à nous émouvoir: ils ne cessent de nous parler de l’avenir, alors que nous préférerions qu’ils nous parlent du passé.

Pollux

Thèmes associés: Divers - Histoire - Politiques diverses - Société

Cet article a été vu 124 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions