Rien n’est simple!

Après la catastrophe de Fukushima, notre grande voisine l’Allemagne avait décidé de sortir du nucléaire et donc d’accélérer la «transition énergétique» amorcée au début du siècle. Comme le relève Philippe Manière sur le site Challenges1, l’Energiewende, qui avait suscité tant d’enthousiasme, était un fantasme, qui fait place aujourd’hui à la gueule de bois. L’économiste signale que le plus puissant hebdomadaire allemand, Der Spiegel, présentait dans un de ses derniers numéros une image d’éoliennes aux pales brisées et des pylônes déconnectés, représentation évidemment symbolique de l’échec constaté: L’Allemagne a investi depuis 2010 plus de 30 milliards par an dans le basculement et l’on prévoit une facture globale de plus de 500 milliards à l’horizon 2025 – pour partie constituée de subventions et crédits publics, pour le reste financée par les ménages et les entreprises sous forme de hausse des prix, écrit Manière, qui ajoute: (…) le résultat est spécialement déprimant: malgré les milliards déjà mis sur la table, les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009.

Le mythe charmant des énergies qu’il suffit d’attraper, comme les rayons du soleil ou la force du vent, se heurte aux réalités des investissements très lourds nécessaires à leur mise en place et à leur connexion.

La Confédération a élaboré une stratégie énergétique absurde, en visant à la fois le combat contre le nucléaire (pourtant l’énergie non carbonée la plus puissante et la plus économique) et contre les énergies fossiles, les plus denses et les plus aisément disponibles. On s’avise tout à coup que les économies d’énergie annoncées ne sont qu’un rêve inaccessible.

Dans le canton de Vaud, la pétition «Sauvez Chasseron – Creux du Van», revêtue pourtant de 14'000 signatures, a été classée par le Grand Conseil. Les recours contre le parc éolien «Sur Grati» au-dessus de Vallorbe ont été rejetés par la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, au motif principal que, dans la pesée des intérêts, il faut privilégier la prédominance nationale de la politique énergétique 2050, acceptée largement par le peuple vaudois, au détriment de toutes autres considérations, même fondées et reconnues comme dignes de protection par le tribunal et même si l’Atlas des vents établi en 2016 a dû être revu à la baisse en 2019, au point que la production électrique sera très inférieure à ce qui avait été annoncé. La production d’une éolienne est fonction du cube de la vitesse du vent! Dans son bulletin de Paysage-Libre Vaud n° 8 d’avril dernier, l’excellent Jean-Marc Blanc écrit à ce sujet: L’exemple de Ste-Croix est édifiant: Romande Energie a mis à l’enquête un potentiel de 5,9 et 5,6 m/s en moyenne annuelle. La carte OFEN (Office fédéral de l’énergie) y calcule 3,9 à 5,0 m/s. Résultat: au lieu des 22 millions de kWh annoncés, ce parc ne produirait plus que la moitié selon le nouvel Atlas. On peut dire que les Saintecrix qui ont voté le projet à une très courte majorité se sont bien fait avoir.

A mon avis, il n’est pas certain que ces calculs aient été déterminants dans le choix des votants. Le peuple se berce de l’illusion qu’on pourra se passer des centrales nucléaires et que les sources d’énergie de remplacement seront capables de produire autant de kilowattsheures que le nucléaire, et pour un prix identique.

C’est une fable, comme le démontrent les résultats du parc éolien du Mont-Crosin en 2018. L’exploitant, Juvent SA, filiale de BKW SA (Forces motrices bernoises) a reçu 9 millions de subventions en 2018 pour ce parc éolien, alors même que les BKW ont réalisé un bénéfice net de 239 millions durant le même exercice, malgré le salaire de sa directrice (plus de 2 millions de francs par an). Chaque kWh subventionné du Mont-Crosin aura donc coûté 21 centimes au contribuable alors que le prix du courant se situe autour de 6 centimes le kWh sur le marché.

Environ huit cents installations éoliennes sont prévues en Suisse. La plupart auraient une hauteur de plus de 200 mètres (230 m. à Bavois). Les promoteurs éoliens se lèchent les babines. Les fabricants allemands d’éoliennes, leurs sous-traitants suisses, les communes et les propriétaires terriens alléchés par les promesses de juteuses retombées financières sablent déjà le champagne.

Dans les environs immédiats d’un parc éolien en France (il y a déjà 6000 éoliennes et M. Macron veut tripler ce nombre), un agriculteur a vu son cheptel atteint d’un mal mystérieux: une vache meurt chaque semaine, ni cardiaque ni malade. Les effets négatifs de ces constructions industrielles en zone agricole sont mal connus et en tous cas minimisés.

Les militants écologiques sont partagés. Ils sont favorables aux énergies renouvelables et propres, mais aussi aux voitures électriques, dont la fabrication entraîne plus de pollution qu’une voiture à énergie fossile durant toute sa vie; ils aiment la nature et les oiseaux, mais aussi les éoliennes, qui défigurent le paysage et font peur aux oiseaux.

Décidément, rien n’est simple!

Claude Paschoud

 

1 11 mai 2019.

Thèmes associés: Environnement - Politique fédérale - Politique internationale

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