Ouverture

L’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), future Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS), s’est réunie les 4 et 5 novembre à Berne. Comme il fallait s’y attendre, elle s’est mêlée de ce qui ne la regardait pas, en se prononçant par quarante-cinq voix contre dix et quatre abstentions en faveur du «mariage pour tous» civil. Dans sa grande bonté, elle a laissé aux Eglises cantonales le soin de se prononcer sur le «mariage pour tous» religieux.

On ne saurait assez l’en féliciter, au nom du fédéralisme, si cette astuce n’était cousue de fil blanc: il est évident que, une fois adoptée la modification du code civil qui ouvrira le mariage aux homosexuels, les conditions posées pour la célébration du mariage religieux seront également les mêmes pour tous. Pourquoi en irait-il autrement?

Les pasteurs opposés à cette innovation pourront refuser de célébrer des mariages homosexuels religieux? Combien oseront s’exposer au risque de se voir immédiatement dénoncer par les ONG de service, par la presse, par les réseaux sociaux, voire par certains de leurs collègues et de leurs paroissiens? Est-il envisageable que l’esprit d’ouverture qui imprègne l’Eglise réformée, en particulier l’Eglise réformée vaudoise, s’applique aussi aux dissidents, aux pelés, aux galeux qui refusent de suivre la mode? Non. Pour eux, la porte sera fermée à coup sûr.

Le problème avec l’ouverture à l’autre, c’est qu’elle a pour corollaire la fermeture à d’autres et, en fin de compte, la discorde. En se prononçant en faveur du mariage pour tous, la FEPS divise les membres des Eglises réformées de Suisse, qu’elle ne représente donc pas tous. Pour cette seule raison, elle devrait s’abstenir de prendre des positions politiques, nécessairement sources de désaccords, et se concentrer sur ce qui unit les réformés de moins en moins nombreux de ce pays: le message évangélique, le vrai, non pas celui trituré et réécrit par le religieusement correct, en dépit du bon sens.

Le bon sens n’est plus à la mode. La mode, c’est l’ouverture, c’est même la béance; c’est la surenchère dans l’accueil, au point qu’on voit poindre ici ou là des initiatives qui débouchent sur une véritable discrimination.

Que faut-il penser d’une paroisse où se crée un groupe LGBT, qui se réunit pour «partager»? Pourquoi cette discrimination même positive? Pourquoi recréer un ghetto, même amical, à l’intention des homosexuels? Et pourquoi ne pas créer un groupe unissant les paroissiens d’origine étrangère? un groupe pour les paroissiens de gauche? un groupe pour les paroissiens de droite? un groupe, enfin, pour les paroissiens éberlués qui ne savent plus trop où se situer?

Les paroisses doivent accueillir et accueillent tout le monde sans se préoccuper de l’orientation sexuelle, de la provenance géographique ou de la tendance politique de leurs membres. C’est cela l’ouverture et le gage de la concorde.

Quand le «mariage pour tous» sera entré en vigueur, ce qui ne saurait tarder, les couples de paroissiens homosexuels devront être accueillis comme les autres, ni mieux ni moins bien. Quant à la question de la bénédiction nuptiale de ces couples, elle se fondra d’elle-même dans la pratique actuelle, qui cessera simplement d’être réservée aux mariés hétérosexuels.

Les Suisses se prononceront sur la question du «mariage pour tous» le 9 février 2020. C’est donc maintenant que les citoyens, dont je suis, qui ne veulent pas de cette mascarade doivent se battre, même si, selon toute probabilité, la bataille est perdue d’avance.

Il faut qu’ils se battent, c’est leur droit et leur devoir. Mais ils doivent le faire hors des églises.

M. P.

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Religion

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