La laïcité, faux remède aux dérives communautaristes

Dans la revue électronique L’Antipresse du 15 décembre dernier, l’écrivain Jean Romain s’insurge avec véhémence contre une récente décision de la Chambre constitutionnelle de la Cour de justice de Genève. Cette dernière a en effet annulé purement et simplement l’interdiction de porter des signes religieux ostentatoires dans l’enceinte du Parlement genevois.

Cette interdiction avait pourtant été ancrée dans la loi cantonale sur la laïcité de l’Etat, approuvée par le Parlement cantonal, puis en votation populaire en février 2019. Mais les juges, comme c’est désormais la norme, ont considéré qu’ils étaient hiérarchiquement au-dessus des citoyens. C’est un des sujets d’indignation de Jean Romain, et il a raison sur ce point. En effet, de nombreux tribunaux, en Europe occidentale, sont aujourd’hui infiltrés et colonisés par des idéologues de gauche imbus de leur importance et conscients que la justice, avec l’école, constitue un très puissant levier de contrôle de la société. En l’occurrence, la décision des juges genevois doit permettre aux immigrées musulmanes de porter leur voile lorsqu’elles siègent au Parlement cantonal.

L’argumentation des juges genevois – parce qu’il fallait bien en trouver une – a été de dire que «les parlementaires n’ont pas vocation à représenter l’Etat, mais la société et son pluralisme», et qu’ils sont ainsi «censés représenter différents courants d’opinions, y compris religieuses». Cette argumentation est combattue par Jean Romain; celui-ci reconnaît certes que tous les parlementaires n’ont pas vocation à représenter l’Etat, mais affirme que certains d’entre eux si (le président, les vice-présidents, les membres du Bureau); il ajoute que «le lieu où ils siègent est une salle où se joue la République, donc les affaires de l’Etat», et que ce lieu «doit demeurer laïque».

Nous ne sommes pas d’accord avec Jean Romain. Tout en partageant sa colère contre des magistrats indignes, nous sommes obligés d’admettre que l’argumentation que ces derniers ont choisie est défendable: non pas quant au fait d’assimiler la foi à une simple opinion, bien sûr, mais lorsqu’ils affirment que le parlement doit représenter la diversité de la population.

Il est parfaitement possible d’imaginer des pays, et il y en a sans doute quelques-uns dans le monde, où plusieurs religions se côtoient harmonieusement et où chacun affiche sa foi de manière naturelle, sans choquer les autres. Cela suppose en général que l’une de ces religions soit dominante, historiquement et culturellement, et que les autres n’aient pas comme objectif de lui ravir cette position dominante. Le problème de la société occidentale est justement qu’il n’y a pas de coexistence harmonieuse, parce que la foi historique s’y est ratatinée, tant dans le secret des cœurs que dans l’espace public, et que la «diversité» y est avant tout le fait d’une colonisation démographique, culturelle et religieuse, soutenue localement par diverses formes d’idéologies révolutionnaires. Cette diversité, qui dans d’autres pays peut s’exprimer pacifiquement jusque dans les travées d’un parlement et avec force signes ostentatoires, est chez nous conflictuelle, déséquilibrée, artificielle et agressivement exploitée par des communautés dont le premier désir est de nous imposer leur uniformité.

Dans les circonstances particulières qui sont les nôtres, on peut bien interdire les signes religieux au Parlement, à titre de mesure combative ou défensive. On aurait tort en revanche de fixer une règle universelle de laïcité aux représentants du peuple, en imaginant que cela aidera à résoudre les problèmes qu’on n’a pas résolus au sein même de la société. Au contraire, il faut d’abord apaiser les tensions qui règnent entre les membres de la communauté, en définissant cette dernière de manière restrictive et en écartant les éléments perturbateurs, et on verra alors que l’appartenance religieuse des députés, même affichée, n’aura plus rien de dérangeant – sauf peut-être pour certains courants fondamentalistes de la «religion laïque».

Pollux

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Politique genevoise - Religion

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