De la neutralité du trône

Parmi les sujets qui préoccupent actuellement la planète, on peut citer le réchauffement climatique, le coronavirus et les toilettes pour personnes transgenres. Si l’on peut raisonnablement s’attendre à ce que les deux premiers problèmes soient résolus dans un avenir proche, les choses semblent en revanche beaucoup plus compliquées pour ce qui concerne les latrines du troisième type.

Les personnes concernées, dont on nous assure qu’elles sont plus nombreuses qu’on le croit, et peut-être même de plus en plus nombreuses, ne veulent pas aller dans les toilettes des hommes, ni dans celles des femmes. Le premier réflexe est donc de leur proposer un troisième local, explicitement désigné par un pictogramme finement étudié. Mais – premier écueil – ledit pictogramme, quelles que soient les qualités artistiques du graphiste, se résume généralement à une silhouette mi-masculine mi-féminine, c’est-à-dire à un mélange de deux concepts désormais hautement controversés, qui exacerbent les tensions et les confusions entre les femmes en pantalons et les hommes en djellaba.

Un deuxième écueil vient de ce que la création de toilettes pour personnes transgenres ouvre la porte (au sens figuré) aux revendications d’autres minorités fondées à exiger, elles aussi, des toilettes dédiées. Le sigle originel «LGBT» s’enrichit régulièrement de lettres supplémentaires et on en est déjà aujourd’hui à «LGBTQIA+», en attendant que tout l’alphabet y passe. Imagine-t-on d’interminables alignements de portes aux pictogrammes joyeusement abscons, devant lesquelles s’exprimera tout le désarroi des personnes prises d’un besoin vraiment urgent?

A cela s’ajoute – c’est le troisième écueil – que les personnes transgenres, par crainte d’être identifiées et stigmatisées, ne veulent pas non plus entrer dans des toilettes qui leur seraient explicitement réservées. On pourrait résoudre ce problème simplement en leur proposant une porte sans pictogramme; mais il y aurait alors un risque de confusion avec les placards à balais et les locaux techniques – et on doit tenir compte du fait que les concierges et les techniciens ne souhaitent pas forcément être assimilés à des personnes transgenres.

Une solution beaucoup plus simple, d’ores et déjà envisagée par de nombreux responsables (masculins) d’établissements publics, consiste à créer des toilettes uniques pour tout le monde. Caisse maladie unique, taux d’imposition unique, voie scolaire unique, et maintenant cabinets uniques: on voit qu’on est là tout à fait dans la ligne des revendications égalitaires et progressistes issues du socialisme. Le terme «camarade» ne désigne-t-il pas indistinctement des hommes et des femmes? Il est dès lors naturel que tout le monde passe par la même porte, sublime – quitte à ce qu’elle donne accès à des toilettes turques.

On ne peut toutefois exclure que les femmes, après s’être âprement battues pour obtenir des places isolées dans les parkings, revendiquent tout de même des commodités séparées. On aura alors une première porte pour les hommes, les transgenres, les concierges et les techniciens, sans pictogramme, et une seconde pour les femmes, avec un pictogramme montrant une silhouette aux cheveux courts et en pantalons; ou une burqa sans silhouette.

Ces réflexions vont agiter les esprits démagogues (de démos, le peuple, et gogues, les toilettes) pendant de nombreuses années encore. Pendant ce temps, plus à l’est, le président Poutine poursuivra sa politique de non-discrimination consistant à occire les terroristes jusque dans les lieux d’aisance, sans s’arrêter au nombre des portes ni à leur signalétique.

Pollux

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Facéties - Société

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