Dérapages

Je ne sais pas si tous les journaux agissent de la sorte, mais 20 minutes a la déplorable habitude de laisser le lecteur sur sa faim. Le mercredi 15 avril, par exemple, le quotidien gratuit utilisait un «Le système a dérapé samedi» des plus attrayants comme titre d’une brève consacrée à la mauvaise gestion, par les centres commerciaux, de la forte affluence qui avait marqué le week-end de Pâques.

Un dérapages du système (lequel?) de surcroît, ça interpelle, comme dirait le gauchiste de service.

Les guillemets contenus dans le titre indiquant une citation, je me suis hâtée de prendre connaissance d’icelle. Et, de fait, le chef de l’état-major cantonal de conduite Denis Froidevaux s’était exprimé en ces termes: «Cela a été un gros souci. Samedi, le système a dérapé.»

On se serait attendu à ce que le brigadier Froidevaux rencontrât des difficultés plutôt que des soucis, mais n’ergotons pas.

Que cet important personnage ait «également rappelé que les chiens devaient être tenus en laisse en forêt et à leurs abords» ne change rien au fait que, arrivé au terme du compte rendu, le lecteur ignore toujours en quoi a consisté le fameux dérapage du système – pour mémoire, un dérapage est un changement imprévu et incontrôlé.

Etant un être doté d’imagination, je suppose que la distance de sécurité, qualifiée de sociale par les preneurs de décisions citoyennes, n’a pas été respectée par tout le monde et en tous lieux et que le personnel des commerces n’a pas toujours été en mesure de discipliner la clientèle.

Si c’est le cas, il faut rappeler que ce genre de situation se produit constamment – j’ai pu m’en convaincre plusieurs fois en semaine, à la première heure, dans un supermarché Migros. Et la faute n’en est pas toujours imputable à la mauvaise volonté ou à la négligence des gens, mais bien plutôt au fait que, chassé, le naturel revient au galop. Or il n’est pas naturel de maintenir avec ses contemporains une distance de deux mètres quand on déambule dans les allées d’un supermarché; il n’est pas naturel pour un client de s’adresser de loin à un employé occupé pour lui demander un renseignement; il n’est pas naturel pour un employé de guider un client dans les méandres des rayons en fuyant deux mètres en avant. Et comme ce n’est pas naturel, il est normal que les gens oublient de respecter les consignes. Il ne s’agit pas d’un ou de plusieurs dérapages d’un système quelconque.

Mais il se pourrait aussi qu’il y ait eu des échauffourées, des crêpages de chignons ou la conquête, à coup de pieds et de poings, de marchandises ultra-convoitées. Il s’agirait alors bel et bien de dérapages, sans qu’on voie très bien ce qu’un système mal défini viendrait faire là-dedans.

On aurait pu nous dire de quoi il retournait. Après tout, c’est un peu le but de la presse d’information.

Mais le cerveau du rédacteur est peut-être soumis à des restrictions dues au coronavirus.

M. P.

Thèmes associés: Médias - Politique vaudoise

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