Afin que nul n’oublie…

La session extraordinaire des Chambres fédérales, exclusivement consacrée à la peste ultra-meurtrière qui vient de nous frapper, s’est tenue du 4 au 7 mai à Berne. Les salles du Palais fédéral ne permettant pas de respecter la distance de sécurité dite sociale, l’événement s’est déroulé à la Bernexpo, site des salons et expositions de la ville.

Ne chipotons pas sur les trois millions qu’a coûté cette opération. Nos parlementaires devaient accomplir leur devoir en toute sécurité et avaliser les décisions prises par le conseil fédéral pendant l’état d’urgence, ce qu’ils ont fait dans un bel esprit de discipline.

Un session aussi exceptionnelle méritait de passer à la postérité. C’est pourquoi trois tilleuls, qui représentent, si j’ai bien compris, les trois conseils engagés dans le sauvetage de la patrie en danger sanitaire, ont été plantés, en présence de la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga, de la présidente du Conseil national Isabelle Moret et du président du Conseil des Etats Hans Stöckli, à proximité du lieu où s’est déroulé cet événement, que je n’hésiterai pas à qualifier d’historique1.

Pour éviter le ridicule, il fallait donner à ces trois tilleuls une valeur hautement symbolique. Aussi, souligne Mme Sommaruga, présidente de la Confédération, trouve-t-on au pied de chacun des arbres une plaque en trois langues portant ces fortes et nobles paroles: «Ensemble, nous pouvons grandir. Ensemble, nous pouvons sortir de la crise plus forts.» Je ne sais pas comment vous êtes bâtis, mais moi, je me sens drôlement galvanisée.

Pour Mme Moret, présidente du Conseil national, les trois tilleuls forment un symbole de fermeté, de soutien et de solidarité entre les autorités et la population, ainsi qu’un triple symbole de pérennité, de renouveau et d’espoir – ça c’est dans la vidéo qui accompagne l’article.  Voilà qui nous aidera à sortir de la désespérance sans fond dans laquelle nous menacions de sombrer.

Pour M. Stöckli, président du Conseil des Etats, les arbres rappellent que le virus «ne peut pas détruire la démocratie». J’avoue que j’étais terrorisée à la pensée que la démocratie pût disparaître, beaucoup plus qu’à la perspective de mourir sous les coups d’une tête couronnée.

Quelle lourde charge pour ces pauvres tilleuls, qui se contentaient jusqu’ici de symboliser l’amitié!

Cette comédie, ces discours creux, se situent dans la droite ligne des applaudissements sur balcons, des bougies et autres peluches que dépose une population infantilisée sur les lieux de désastres et d’accidents divers.

D’autre part, l’édification de ce mémorial me paraît quelque peu prématurée: qui nous dit que le bilan qui sera tiré des décisions du Conseil fédéral avalisées par les Chambres permettra d’entonner un hymne à la gloire de nos «ministres», de l’Office fédéral de la santé publique et de nos députés? Qui nous dit que les Suisses auront envie de se souvenir de l’«effroyable pandémie», de la «catastrophe sanitaire» et de la «crise sans précédent» dont ils sont en train de sortir?

Quoi qu’il en soit, si nous n’avons pas, comme nos voisins, des monuments aux morts dans toutes nos villes et tous nos villages, nous possédons désormais trois tilleuls à Berne.

Quel bonheur!

M. P.

 

1 https://www.20min.ch/fr/story/trois-tilleuls-plantes-a-berne-pour-ne-pas-oublier-712180685536.

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