Editorial

Citation, à propos d’un match sauvage organisé dans le quartier lausannois des Boveresses:

Les autorités lausannoises n’ont pas fait respecter les directives de la Confédération face aux risques de transmission du Covid-19 le jeudi de l’Ascension. De nombreux policiers de divers services avaient été mobilisés dès l’après-midi pour empêcher le match prévu en début de soirée, comme l’avait demandé le Département cantonal de la sécurité. Ils ont finalement reçu l’ordre de ne pas intervenir. (…)

Responsable de la sécurité publique lausannoise, Pierre-Antoine Hildbrand, avait déclaré: «Il s’agissait de ne pas ajouter du désordre au désordre.»1

Autre citation, à propos d’une manifestation anti-raciste:

Hier, plus de 2000 personnes ont défilé dans les rues de Lausanne. (…)

L’action n’était pas autorisée, mais la police n’est pas intervenue. «C’est une question de proportionnalité. Avec un aussi grand nombre de manifestants, cela aurait été contreproductif», a expliqué un porte-parole.2

Les responsables de la police lausannoise semblent terrorisés par le risque d’une éventuelle bavure. En effet, le quartier des Boveresses est notoirement une zone dite sensible. On y trouve donc beaucoup de gens de couleur. On en trouve aussi pas mal dans les manifestations anti-racistes. Il pourrait donc se produire un «dérapage» si la police mettait en œuvre les moyens dont elle dispose pour disperser la foule, et procédait de surcroît à des interpellations, peut-être musclées en cas de résistance.

Cette pusillanimité est-elle due au triste événement survenu à Minneapolis le 25 mai, qui a déchaîné, dans le monde entier, une vague de haine contre les policiers blancs?

Elle n’est en tout cas pas imputable au décès du Noir Collins Khosa, mort à Johannesburg après son tabassage le 10 avril par des soldats noirs, selon Le Temps du… 15 juin3; ni à l’assassinat, «dernièrement», du patron suisse d’un restaurant tué à coups de machette à Pretoria4: la presse s’est montrée sur ces épisodes d’une discrétion de violette, de même qu’elle ne mentionne jamais qu’en passant les assassinats des fermiers blancs d’Afrique du Sud et du Zimbabwe.

Il faut croire que dans le monde anti-raciste, certaines victimes sont plus à plaindre que d’autres.

Quoi qu’il en soit, à quoi bon interdire des manifestations s’il suffit aux fauteurs de troubles de créer du désordre et d’être nombreux pour que la police reste les bras croisés?

Qu’on autorise donc tout et n’importe quoi et qu’on remplace la police par des observateurs bénévoles. Cela évitera les risques de violences policières et la Ville de Lausanne pourra supprimer les impôts qu’elle prélève sur ses habitants sous prétexte d’assurer leur sécurité en veillant au maintien de l’ordre.

Mariette Paschoud

 

1 20 minutes du 5 juin.

2 20 minutes du 8 juin.

3 https://www.letemps.ch/monde/lafrique-sud-george-floyd.

4 20 minutes du 9 juin (dix lignes, titre compris).

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Immigration - Politique vaudoise

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