Perte de confiance

L’hystérie collective engendrée par le coronavirus, mais surtout par les mesures prises par les gouvernements pour enrayer la propagation du virus, s’est maintenant calmée. Les porteurs de masques chirurgicaux dans la rue et dans les transports publics sont très minoritaires. Il est peut-être temps de tirer un premier bilan de l’exercice.

Un rapport interne du Service de protection des infrastructures du Ministère allemand de l’intérieur, publié le 9 mai, relevait que le coronavirus s’était révélé moins létal que la grippe de 2017/2018.

Il est de plus en plus patent que les mesures de lutte contre le Covid-19 auront coûté plus cher, même en vies humaines, que le virus lui-même. Dans les asiles, nombreux sont les résidents qui périrent d’ennui et de désespoir à cause du confinement qui leur était imposé, à eux et à leurs proches.

Les responsables politiques, mal conseillés, se sont révélés largement en dessous des attentes légitimes de leurs administrés. On a vu se succéder sur les plateaux TV des «experts» qui ne craignaient pas d’affirmer le vendredi le contraire de ce qu’ils proclamaient le lundi: les masques furent tour à tour inutiles si l’on n’était pas malade, puis vivement recommandés, voire obligatoires en certains lieux.

Les statistiques furent bidonnées: tout patient décédé, si on trouvait une trace du virus post mortem dans son sang, était comptabilisé comme un mort du coronavirus. Les décès dus à la grippe furent presque réduits à rien durant la même période.

Les dernières déclarations du docteur Koch avant de prendre sa retraite furent la goutte qui fit déborder le vase de mon indignation: la fermeture des écoles n’était pas nécessaire, du point de vue épidémiologique, mais elle fut utile à faire comprendre au peuple… l’omnipotence de l’Etat fédéral.

Si le Conseil fédéral a pu imposer les mesures les plus contestables, voire les plus absurdes, pendant si longtemps, c’est parce que le Parlement a laissé passer, lorsqu’il a approuvé la loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles (loi sur les épidémies) du 28 septembre 20121, un article 7 ainsi rédigé: «Si une situation extraordinaire l’exige, le Conseil fédéral peut ordonner les mesures nécessaires pour tout ou partie du pays.»

L’Ordonnance OEp2 définit plusieurs termes de la loi, mais se garde bien de définir la «situation extraordinaire» et d’expliquer l’ampleur des mesures «nécessaires». C’est ainsi que le gouvernement a pu promulguer une Ordonnance 23 le 13 mars dernier, qui prescrit que «sauf disposition contraire de la présente ordonnance, les cantons demeurent compétents». En réalité, cette clause de style signifiait que les cantons n’avaient plus aucune compétence parce que la Confédération se chargeait de tout.

Le Conseil fédéral s’est arrogé un pouvoir absolu, mettant en veilleuse le droit de propriété4, ordonnant la fermeture des écoles, des salles de concert, des théâtres, des restaurants, interdisant à plus de trente personnes de rendre un dernier hommage aux défunts et même de se réunir pour la messe ou le culte chrétien.

Les mesures ordonnées ont clairement violé le principe de proportionnalité, qui exige non seulement que toute mesure coercitive soit apte à remplir le but qu’elle poursuit, mais aussi que l’atteinte aux droits fondamentaux soit limitée au strict nécessaire.

Le bilan qu’on peut tirer aujourd’hui de la sogenannte pandémie est malheureusement très décevant. Le gouvernement s’est trouvé dans un grave état d’impréparation, il a cédé à la panique et il a ordonné des mesures liberticides qui excédaient largement ce qui était nécessaire, voire souhaitable. En outre, les mesures ordonnées ont fait subir à l’économie une lésion si importante que des centaines d’entreprises ne s’en remettront pas, que des milliers d’individus sont aujourd’hui dans une situation financière grave, qu’on a sacrifié les jeunes à la sauvegarde des vieux et que, moi-même, je n’ai plus aucune confiance en les autorités fédérales.

J’admets pourtant faire partie d’une minorité, car le peuple s’accommode aisément des entraves à sa liberté: non seulement il ne proteste pas, se révolte encore moins, mais il est ravi de dénoncer son voisin qui contrevient aux prescriptions.

Claude Paschoud

 

1 RS 818.101.

2 RS 818.101.1.

3 RS 818.101.24.

4 Voir Ordonnance 2, art. 4j: confiscation.

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