Evolution ou révolution?

Je viens de terminer Sapiens de Yuval Noah Harari, un ouvrage intéressant bien que peu tendre avec l’espèce humaine. Mon but n’est pas ici d’entrer dans le détail des propos de l’auteur, mais de souligner la démarche, qui ne manque pas d’originalité en ce qu’elle consiste en une prise de distance considérable avec les événements. Ce point de vue nous donne à voir des points d’inflexion au cours des septante mille dernières années, des révolutions dans la manière dont l’homo sapiens a géré sa relation avec le monde.

Il ne fait de doute pour personne que nous vivons aujourd’hui une époque de changements extraordinaires. Je me souviens très bien de la première fois que j’ai entendu parler d’internet. C’était en 1995, en dernière année du gymnase, lorsque l’un de mes camarades proposa, lors de l’assemblée des délégués de classe, que l’on connecte la salle d’informatique à internet.

Seulement vingt-cinq ans plus tard, nous ne saurions plus nous en passer, et internet est présent à chaque instant de notre vie. Le petit smartphone que vous portez dans votre poche est plus puissant que Deep Blue, le fameux super-ordinateur qui, en 1997, devint célèbre pour avoir vaincu Garry Kasparov aux échecs. La vitesse de calcul des ordinateurs semble suivre une courbe exponentielle, ce qui a pour conséquence un accès chaque jour plus facile à des techniques extraordinaires.

Un bon exemple de ce phénomène est l’analyse de l’ADN humain, dont le coût a passé en quelques années de dizaines de milliers de dollars à quelques centaines. L’ingénierie génétique est une réalité et l’homme est déjà capable aujourd’hui de modifier l’ADN d’animaux pour en améliorer les performances. Combien de temps faudra-t-il pour que nous nous convainquions que programmer nos futurs enfants pour qu’ils soient plus forts, plus intelligents et en meilleure santé, n’est pas un problème?

La cybernétique est un autre domaine dans lequel nous faisons des progrès considérables. On peut aujourd’hui brancher un bras artificiel qui est commandé directement par le cerveau. Les mouvements qu’il est capable de faire sont encore simples mais le progrès dans tous les domaines est en constante accélération.

Si vos enfants ont moins de dix ans aujourd’hui, il est probable qu’ils n’auront jamais besoin de passer le permis de conduire, sauf comme loisir pour piloter des voitures de collection. Une start up de la Silicone Valley est prête à produire des véhicules individuels volant sans pilotes; il ne manque que la législation pour entrer en production.

Mais la véritable révolution pourrait être l’amortalité. L’être humain cherche depuis toujours le moyen d’échapper à l’inévitable final. Le Graal, par exemple, source de vie éternelle, la fontaine de jouvence, les vampires et les crèmes antirides sont autant de légendes qui manifestent cette peur viscérale de la mort. Les progrès de la science pourraient bien nous permettre demain de transférer notre esprit dans un ordinateur, de remplacer les pièces défectueuses de notre corps par des pièces synthétiques, voire de stopper les processus de dégradation cellulaire.

Se poseront alors d’autre questions, éthiques celles-là. Mais nous savons tous que cette matière est, comme le latin, inutile et dépassée.

Michel Paschoud

Thèmes associés: Ethique - Société

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