Le massacre d’Oradour-sur-Glane

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat.

Hannah Arendt: la Crise de la Culture

Clamer les vérités interdites avant l’heure et en position de minorité extrême ne fait que renforcer le mensonge en place en lui offrant des «adversaires» pittoresques et solitaires à combattre. Les chercheurs qui tiennent à leur carrière évitent, simplement, de toucher aux sujets minés. On ne peut entièrement leur donner tort. Le fait de contester les mensonges admis, fussent-ils grossiers, vous met au ban de la société et, du même coup, cela prive cette même société de toute votre contribution intellectuelle, artistique ou simplement humaine qui pourrait par ailleurs lui être précieuse. Les contestataires, les éternels dissidents sont en règle générale des personnes de caractère, indépendantes et curieuses qui enrichissent objectivement le monde. Mais par leurs prises de position, ils s’en excluent souvent eux-mêmes.

Slobodan Despot: Les yeux grands fermés (Antipresse du 13.9.2020)

Dans la nuit du 20 au 21 août, un graffiti a été gribouillé sur le centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, le fameux «village martyr» dans lequel, le 10 juin 1944, a péri toute la population du village, hommes, femmes et enfants, prétendument massacrés par les soldats de la division allemande Das Reich, selon la version officielle encore défendue aujourd’hui.

Le ou les graffeurs ont écrit après «Village martyr»: «Menteur A quand la vérité? Reynouard a raison.»

Mais qui est ce Reynouard qui aurait raison contre la thèse officielle? Vincent Reynouard est un ancien professeur d’un lycée de Honfleur, qui s’est fait connaître en 1997 en publiant un gros ouvrage de 448 pages intitulé: Le massacre d’Oradour, un demi-siècle de mise en scène. Les rédacteurs du site Wikipédia qui ont rédigé la notice biographique de Reynouard insistent sur ses opinions nationales-socialistes et ses multiples condamnations pour négationnisme, sans aborder la question de fond: si l’on fait abstraction des motifs qui ont pu inciter un auteur à soutenir telle ou telle thèse, que vaut la thèse? Sur la question d’Oradour, a-t-il raison ou tort?

Les recherches de Reynouard l’ont conduit à découvrir, après plusieurs autres auteurs (Dr Marcel Iffrig, Otto Weidinger, Herbert Taege, Pierre Moreau, Andreas Hillgruber) que les causes de la tragédie de 1944 sont toujours enveloppées d’un épais brouillard.

Selon Reynouard et son équipe de chercheurs, l’hypothèse la plus probable est la suivante: Oradour-sur-Glane n’était pas, en 1944, qu’un petit village tranquille, mais également la base arrière d’un réseau de la Résistance, qui avait entreposé dans le clocher de l’église des munitions et des explosifs. Le 10 juin 1944, les Allemands étaient à la recherche d’un officier disparu: Helmut Kämpfe, que les enquêteurs estimaient victime d’un possible enlèvement par des résistants d’Oradour. Une compagnie de la division Das Reich se rendit donc à Oradour pour tenter de découvrir le PC de la Résistance et leur camarade disparu.

Les femmes et les enfants furent conduits à l’église, pour leur protection, et les hommes parqués dans six granges et garages par petits groupes.  Pendant ce temps, les Waffen SS fouillaient les maisons, ce qui leur permit de découvrir des dépôts d’armes et de munitions, mais pas leur camarade Kämpfe.

Vers seize heures, une forte déflagration se produisit, audible dans tout le village. Supposant qu’ils étaient attaqués par les maquis des environs, les Allemands mitraillèrent les hommes dont ils avaient la garde. Cette déflagration avait été provoquée par l’explosion (accidentelle? provoquée? par qui?), dans l’église, de munitions (de fabrication américaine) et de bombes au phosphore entreposées dans le clocher, qui anéantit la totalité des femmes et enfants qui s’y étaient réfugiés, sauf une: Mme Marguerite Rouffanche, dont les témoignages varièrent beaucoup au fil du temps.

Cette explication du drame, et de ses nombreuses victimes, disculpait les Allemands du crime d’avoir volontairement mitraillé les occupants de l’église, puis d’y avoir mis le feu.

L’enquête de Reynouard allait à l’encontre de la doxa officielle et on tenta d’interdire la diffusion de ses recherches. On l’accusa de tout, mais on refusa toujours de l’affronter sur le terrain des faits et des preuves.

Peut-être l’action impertinente des graffeurs du 20 août permettra-t-elle de mettre sur pied un véritable débat de fond entre historiens sur ce qui s’est réellement passé à Oradour en 1944. En entendant les clameurs d’indignation de toute la classe politique, de l’extrême gauche à la droite nationale, les imprécations outrancières, les formules ampoulées du genre «crachat sur la mémoire de nos martyrs… salissure abjecte… actes infâmes… actes odieux»,  j’ai peu d’espoir.

Comme le massacre des officiers de Katyn, qui fut imputé aux nazis, jusqu’à sa reconnaissance en 1990 par les Soviétiques, la mort des femmes et des enfants d’Oradour en 1944 sera encore imputée longtemps à la volonté des Waffen SS par les commentateurs opposés à toute forme de révision.

C. P.

Thèmes associés: Histoire - Révisionnisme

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