Blasphème

Un professeur de Conflans-Sainte-Honorine (France) a été assassiné et décapité par un islamiste, qui a voulu lui faire payer le blasphème commis devant ses élèves, à qui il avait montré des caricatures du Prophètes dans un cours consacré à la liberté d’expression.

Dans le Pamphlet n° 417 de septembre 2012, et à l’occasion de la sortie d’un film critique à l’endroit de l’islam, j’observais que la liberté d’expression connaît des limites:

La libre expression trouve donc sa limite non point dans la vérité, ni même dans l'éventuelle intention de choquer qui anime l'auteur du discours, mais dans la perception de ce discours par ses auditeurs.

Le Tribunal cantonal de l'Etat de Fribourg et le Tribunal fédéral ont, dans cet ordre d'idées, admis que «la perception spécifique de la victime peut suffire à qualifier de harcelante une conduite considérée par le Tribunal comme objectivement anodine», tels des courriels relevant de la «misogynie ordinaire»

C’est une exception importante au principe du droit pénal qui veut que la culpabilité se mesure à l’intention de l’auteur et non au résultat de l’acte: si vous avez voulu tuer votre belle-mère, mais que le pistolet s’est enrayé, la «victime» est saine et sauve, mais vous serez jugé pour une tentative de meurtre. En revanche, si vous traversez la rue hors des passages balisés et qu’un automobiliste, voulant vous éviter, s’écrase contre un pilier en béton et décède, vous ne serez pas jugé pour homicide.

Le professeur a négligé la perception que pouvaient avoir les élèves de son cours sur la liberté d’expression, et notamment il ne s’est pas demandé comment ses élèves musulmans pouvaient ressentir l’exposition de caricatures grossières du prophète Mahomet.

Ce faisant, il a violé l’interdiction du blasphème, qui protège le Prophète dans l’Islam. J’observe en passant que toutes les religions et toutes les croyances ne bénéficient pas, au sein de la république, d’un même encouragement à se moquer d’elles. Charlie Hebdo a pu publier des articles et des caricatures ignobles de Dieu, de Jésus et de Mahomet, c’était son droit et c’était l’exercice de sa liberté d’expression. Macron a même défendu, au nom de la laïcité, le droit au blasphème. Mais il existe une religion sacrée. Toute mise en cause de ses dogmes sera considérée comme un discours de haine et punie d’amendes et de prison.

Sans doute, l’assassinat de l’instituteur Samuel Paty, et surtout sa décapitation, sont une telle ignominie que ces actes ont soulevé une émotion légitime. Mais les discours des politiques de tous bords sur la liberté d’expression me laissent perplexe: lorsque Robert Faurisson se faisait rouer de coups dans un parc public de Vichy par des nervis, qui l’abandonnèrent en le croyant mort, où étaient les défenseurs de la liberté d’expression? On a même entendu qu’il l’avait bien cherché! Lorsque Alain Soral est lourdement condamné pour la réédition d’un livre de Léon Bloy et lorsque Hervé Ryssen est en cellule à Fleury-Mérogis pour avoir usé de sa liberté d’expression, où sont les protestataires?

Claude Paschoud

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Justice - Politique française - Religion

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