Perseverare diabolicum

Béatrice Stöckli, missionnaire bâloise, fut enlevée une première fois en 2012 à Tombouctou par un groupe islamiste, puis libérée au bout de neuf jours. Au mépris de toute prudence, elle retourna au Mali pour continuer son œuvre d’évangélisation. Enlevée une deuxième fois en janvier 2016, elle aurait été exécutée par ses ravisseurs jihadistes il y a quelques semaines.

Cette information a été communiquée à la Confédération par la France, qui la tient de Sophie Pétronin, autre otage, dont la libération le 8 octobre a fait grand bruit et qui, semble-t-il, est considérée comme une source incontestable.

Personnellement, je trouve un peu étrange que les terroristes qui avaient enlevé Béatrice Stöckli en 2016 aient attendu plus de quatre ans pour se débarrasser de cette «infidèle». Mais peut-être avaient-ils fini par comprendre que personne ne se soucierait de verser une juteuse rançon pour cette malheureuse évangéliste.

En effet, les efforts déployés par la Suisse ces quatre dernières années en faveur de la libération de l’otage, les pressions exercées sur le Mali, la création d’une task force interdépartementale dirigée par le Département fédéral des affaires étrangères et le contact permanent des autorités suisses avec la famille de la victime n’avaient que peu de chances de toucher le cœur des combattants d’Allah, qui veulent des sous ou des échanges de prisonniers.

Sophie Pétronin a été mieux lotie. D’abord, elle s’est convertie à l’islam pendant sa captivité – conviction ou légitime prudence, nul ne le sait – ce que n’avait probablement pas fait sa compagne d’infortune. Ensuite, sa nationalité française – sa double nationalité franco-suisse, en fait, mais qu’importe – lui a valu, selon toute probabilité le versement d’une rançon substantielle, en plus de la mise à disposition de l’avion qui l’a déposée en France à la base aérienne de Villacoublay, lui permettant de tomber dans les bras de son fils sous le regard du président de la République française sans passer par Roissy ou Orly comme le commun des mortels.

Il semblerait que, après avoir minimisé la dangerosité de ses ravisseurs, simples opposants armés selon elle, et appelé la bénédiction d’Allah sur le Mali, Dame Sophie Pétronin, rebaptisée, si l’on ose dire, Mariam Pétronin, a exprimé le désir de retourner au Mali. On ne sait pas si son fiston pourra l’en empêcher comme c’est, semble-t-il, son intention, mais force est de constater que pareil projet constitue une gifle et une ingratitude monstres à l’endroit de tous ceux qui se sont décarcassés en sa faveur, ainsi que des soldats français qui combattent là-bas le terrorisme islamique – on se demande bien pourquoi, d’ailleurs, car il y a assez à faire en France à cet égard.

Aussi comprend-on la colère du général Roland Dubois exprimée dans le colonnes des 4 Vérités hebdo1:

Mais il y a plus dégradant et ré­voltant que le rôle ubuesque, étalé au grand jour, que nous avons joué dans cette masca­rade, conclue par le «tradition­nel» accueil national au pied de la passerelle par notre pré­sident.

Ce sont les termes du marché passé avec les «ravisseurs». Outre une rançon d’argent dont le montant restera sans doute inconnu, mais servira à acheter des armes et munitions qui se­ront utilisées contre nous, nous avons ordonné ou cautionné la libération de 100 ou 200 djiha­distes qui ont sans doute déjà repris les armes contre nous. Demain, des soldats français seront tués par ces gens dont notre chef aura donc tenu la main. C’est à hurler de colère, de dé­goût, devant tant de sottise, de lâcheté et de naïveté. Comment ne pas penser comme le Romain Marcus Flavinius, centurion à la 2e cohorte de la légion Augusta: «Si nous devions laisser en vain nos os blanchis sur les pistes du dé­sert, alors que l’on prenne garde à la colère des légions.»

On ne saurait mieux dire.

Mais il faudrait aussi que les religieux et humanitaires enlevés puis libérés grâce à l’argent des contribuables et aux efforts des gouvernements cessent de récidiver en prenant leur sottise pour de l’héroïsme.

M. P.

 

1 Les 4 Vérités hebdo, 3, rue de l’Arrivée, 75015 Paris, no 1265 du 16 octobre 2020.

Thèmes associés: Armée - Coups de griffe - Politique française

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