Délinquance: le réveil des socialistes?

Le Tribunal fédéral (TF) nous a habitués à de mauvais jugements, cédant trop souvent à la mode du politiquement correct, à la bienveillance envers les délinquants, à l'acharnement contre les automobilistes et, bien entendu, à la mesquinerie revancharde vis-à-vis des instances «inférieures».

Rares sont ses arrêts qui ne sont pas suspects de socialisme, d'écologie, voire de mépris pour les juges cantonaux.

Le quotidien 24 heures, dans son édition du 30 avril dernier, nous en livrait encore un exemple édifiant. Le TF a récemment cassé la condamnation d'un trafiquant de drogue sous prétexte que les preuves retenues contre lui l'avaient été par un policier «travaillant sous couverture» sans l'accord préalable d'un juge – c'est-à-dire qui n'avait simplement pas décliné son identité au moment de piéger le trafiquant. On a beau apprécier les raisonnements rigoureux qui caractérisent généralement la pratique du droit, on n'en est pas moins surpris de constater que l'application stricte de la loi peut amener certains juges à manifester régulièrement du laxisme, presque même de la sollicitude, à l'égard de ceux qui enfreignent cette même loi.

On se réjouit donc d'apprendre par le même journal que l'affaire en question a fait réagir un conseiller national zuricois, M. Daniel Jositsch, professeur de droit pénal, siégeant à Berne dans les rangs... socialistes! Craignant que le verdict du TF n'empêche désormais les policiers de faire leur travail dans les petites affaires de stupéfiants, M. Jositsch a déposé une initiative parlementaire visant à ce que «le simple fait d'acheter quelque chose aux fins de l'enquête» ne soit plus soumis à la loi fédérale sur l'investigation secrète. Il affirme vouloir «se battre jusqu'à ce que la loi ne pénalise plus les policiers par rapport aux dealers». «Et la protection de la personnalité, habituellement si chère à la gauche?», demande le journaliste de 24 heures, manifestement interloqué qu'on puisse être socialiste et soutenir le travail de la police. «Mais quelles personnes voulez-vous protéger?», répond son interlocuteur. «On parle de trafiquants de drogue. Le travail de la police est de les attraper.»

Interrogé sur le même sujet, le porte-parole de la police cantonale vaudoise préfère jouer au béni-oui-oui en déclarant: «Les dispositions légales actuelles ne nous posent aucun problème.» Peut-être devrait-on lui signaler que les dealers, les toxicomanes et l'insécurité en général dans les rues vaudoises «posent des problèmes» aux gens qui y vivent.

Faut-il aller en Suisse alémanique pour voir la police faire son travail et les socialistes adopter une attitude responsable? Peut-être pas… Sous la pression des événements – notamment la récente tuerie entre bandes ethniques armées qui s'est déroulée en pleine rue à Martigny –, les policiers valaisans commencent à sortir de leur réserve pour se plaindre ouvertement de ce que la justice – pas seulement fédérale d'ailleurs – laisse des criminels en liberté. Encore plus fort: le 26 mai, 24 heures titrait: «Il faut en finir avec notre Code pénal de babas cool». L'éditorial aurait pu être publié dans un bulletin de l'UDC: «(…) En supprimant la case prison pour tous les petits délits, depuis 2007, l'arsenal législatif a perdu de son efficacité. (…) la révision du Code pénal partait d'une idée généreuse: éduquer et socialiser plutôt que punir. Héritière d'une vision post-68, optimiste, prônant la bonté de l'individu face à une société malsaine, cette intention rousseauiste se casse le nez sur la réalité. (…) le Code pénal nouveau style apparaît comme un rêve baba cool. Le législateur s'est trompé, il est temps que le Conseil fédéral corrige le tir. (…)»

Le législateur? De la part d'un journal qui nous presse constamment d'adopter toutes les idées progressistes à la mode, il aurait évidemment été plus honnête d'écrire: «Nous nous sommes trompés!» Mais passons… Lire les commentaires ci-dessus dans un organe d'Edipresse est à la fois inquiétant – cela signifie que la situation est grave – et agréablement nouveau.

Pollux

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