Liberté d’expression

Quand Charlie Hebdo commet des sottises dangereuses – publier une nouvelle fois des caricatures qui lui ont valu un attentat meurtrier, par exemple – et se plaint des menaces que lui valent ses excès, la quasi-totalité de la classe politico-médiatico-artistico-intellectuelle française vole à son secours au nom de la liberté d’expression et du désormais fameux «droit au blasphème».

Quand la jeune Mila, qui avait connu en janvier les pires ennuis, menaces de mort comprises, pour avoir tenu sur l’islam via les réseaux sociaux des propos orduriers, récidive et se retrouve dans le collimateur de ses ennemis, les défenseurs des «valeurs de la République» remontent au créneau.

Quand un professeur français prend le risque d’utiliser, dans un cours de propagande politique, les trop célèbres caricatures de Mahomet qui ont valu tant de malheurs à Charlie Hebdo, et se trouve de ce fait victime d’un attentat abominable, c’est encore la liberté d’expression et le droit au blasphème que brandissent ses concitoyens.

Quand un curé haut-valaisan se voit retirer, à la demande de parents d’élèves, les cours de religion qu’il donnait à des adolescents du cycle d’orientation d’Aletsch, au motif que ses élèves «auraient été choqués et apeurés» parce qu’il leur aurait parlé de la damnation éternelle et aurait émis l’opinion que les tatouages sont l’œuvre du diable1, personne  ne s’émeut. Oubliée la liberté d’expression. On éjecte le mal-pensant, qui n’a même pas blasphémé.

Le Valais n’est pas la France. D’autre part, le Conseil national vient de refuser l’abolition du délit de blasphème2, c’est-à-dire du fait de «bafouer les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu».

Mais on aurait tort de croire que la France est mieux lotie que notre pays en matière de liberté d’expression. Simplement, à une ou deux exceptions près, elle n’a pas les mêmes tabous ni les mêmes «valeurs».

En France, la religion dominante est le laïcisme, qui est à la laïcité – principe de la séparation des institutions religieuses et de l’Etat – ce qu’est l’islamisme à l’islam dit modéré. Le laïcisme rejette en bloc toutes les autres religions. Ses grands prêtres sont Charlie Hebdo et tous ceux qui se pâment devant la bassesse et la vulgarité d’icelui. Je ne suis pas sûre qu’ils apprécieraient qu’on publie à leur sujet des caricatures obscènes.

Je suis moi aussi attachée à la liberté d’expression – bien que j’aie quelques raisons de penser que c’est une vue de l’esprit. Toutefois, je crois aussi aux vertus du savoir-vivre – à ne pas confondre avec le sacro-saint vivre ensemble –, lequel implique un minimum de respect pour autrui et une manière d’exprimer les choses qui peut être grinçante, ironique, voire acerbe, mais reste dans les limites de la bienséance.

M. P.

 

1 https://www.20min.ch/fr/story/les-tatouages-sont-loeuvre-du-diable-juge-un-cure-954402133984.

2 https://www.20min.ch/fr/story/la-suisse-nabolira-pas-le-delit-de-blaspheme-536431360869.

Thèmes associés: Politique française - Religion

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