Editoriaux

Voici l’éditorial qu’on pouvait lire en première page du Pamphlet, il y a tout juste cinquante ans:

Décembre 1970

Lancer en Suisse romande un nouveau périodique à une époque où le public est déjà sollicité par une presse surabondante, encombrée de publicité et déficitaire quand même, est une entreprise qui atteste un grand courage ou une certaine dose d’inconscience. L’un va d’ailleurs rarement sans l’autre. Notre lecteur sera juge.

Qu’importe.

Le titre de cette petite feuille et sa devise montrent suffisamment, espérons-le, que Le Pamphlet n’a ni l’espoir ni même l’intention de changer la face du monde.

Ce qui a premièrement décidé sa création, c’est l’agacement que nous cause depuis fort longtemps la manière dont l’information est présentée, et surtout commentée, dans ce qu’on a coutume d’appeler la Grande Presse.

Que voulons-nous?

NE PAS SUBIR.

Ne pas subir benoîtement l’Histoire sous prétexte qu’elle aurait un «sens» inéluctable.

Ne pas subir les sympathiques jeunes gens qui se proposent sans fausse modestie de prouver à la Société qu’elle a tort d’exister et de creuser dans nos institutions des brèches qui les feront s’écrouler le moment venu.

Ne pas subir la dictature de ce qu’on a coutume d’appeler l’opinion publique, expression désormais consacrée servant à désigner en réalité l’avis de quelques irresponsables ayant couronné une longue série d’échecs par une entrée fracassante dans le journalisme.

Ne pas subir que les jeunes élèves de ce pays soient endoctrinés par une clique d’instituteurs pour lesquels l’objection de conscience représente le summum de la réflexion critique.

Ne pas subir l’abêtissement systématique du public par les chroniques pornographico-marxistes du camarade Henri Guillemin.

Ne pas subir la tyrannie intellectuelle de quelques pisse-copies verbeux dont la seule gloire (et à nos yeux le seul mérite) est d’être incompréhensibles.

Ne pas subir l’envoûtement des «experts» de tout acabit – éducateurs, psychologues, sociologues, faiseurs de tests – qui déploient une activité d’autant plus grande qu’elle justifie au yeux du public une fonction peu astreignante, bien rémunérée, mais dont il n’a pas été prouvé jusqu’à ce jour qu’elle ait fait plus de bien que de mal.

Ne pas subir le vocabulaire prétentieux et compliqué de certains intellectuels qui pensent ainsi pallier l’incohérence de leur pensée.

Ne pas subir les exigences les plus imbéciles des enfants sous le prétexte stupide qu’il «faut vivre avec son temps».

Ne pas subir toutes les modes avec l’idée qu’elles doivent être excellentes par la seule vertu de leur nouveauté.

En trois mots comme en quatre pages: NE PAS SUBIR.

Des centaines de citoyens, nous le savons, ressentent confusément ce que nous venons d’exprimer, mais souvent n’osent l’avouer de peur de paraître «dépassés», de ne plus être «jeunes». Qu’ils se félicitent au contraire d’avoir acquis une maturité à laquelle se tardent d’accéder les rédacteurs de ce texte, qui tous servent en élite dans l’Armée fédérale.

C’est pour eux, c’est pour vous que Le Pamphlet a été conçu. Il est là pour vous rassurer: contrairement à ce que beaucoup de gens craignent, les articles des journaux ne sont pas toujours TRÈS intelligents.

Et le bon sens a, grâce au Ciel, encore quelques droits.

Le Pamphlet

* * *

Les choses ont-elles beaucoup changé cinquante ans plus tard? Jugez-en, si les répétitions ne vous dérangent pas trop.

Décembre 2020

Poursuivre en Suisse romande la publication d’un périodique à une époque où le public est déjà sollicité par une presse omniprésente, mais déficitaire quand même, est une entreprise qui atteste un grand courage ou une certaine dose d’inconscience. L’un va d’ailleurs rarement sans l’autre. Notre lecteur sera juge.

Qu’importe.

Le titre de ce petit périodique en ligne et sa devise «Ne pas subir» montrent suffisamment, espérons-le, que Le Pamphlet n’a jamais eu l’espoir ni même l’intention de changer la face du monde.

Ce qui a premièrement décidé sa création et, plus tard, la poursuite de sa publication, c’est l’agacement que nous cause depuis fort longtemps la manière dont l’information est présentée, et surtout commentée, dans ce qu’on a coutume d’appeler la Grande Presse.

Que voulons-nous?

NE PAS SUBIR.

Ne pas subir benoîtement l’Histoire sous prétexte qu’elle aurait un «sens» inéluctable.

Ne pas subir les sympathiques jeunes gens qui se proposent sans fausse modestie de prouver à la Société qu’elle se trompe en tout, et de lui donner des leçons dans tous les domaines.

Ne pas subir la dictature de ce qu’on a coutume d’appeler l’opinion publique, expression désormais consacrée servant à désigner en réalité le politiquement correct imposé par des irresponsables ayant couronné une longue série d’échecs par une entrée fracassante dans le journalisme ou la vie politique.

Ne pas subir que les jeunes élèves de ce pays soient endoctrinés par une clique d’enseignants pour lesquels l’évocation des «valeurs démocratiques» représente le summum de la réflexion critique.

Ne pas subir l’abêtissement systématique du public par les élucubrations grammatico-orthographiques des champions de la domination féminine et LGBTique.

Ne pas subir la tyrannie intellectuelle de quelques pisse-copies verbeux dont la seule gloire (et à nos yeux le seul mérite) est d’être incompréhensibles.

Ne pas subir l’envoûtement des «experts» de tout acabit – éducateurs, psychologues, sociologues, faiseurs de tests, spécialistes de tout genre – qui déploient une activité d’autant plus grande qu’elle justifie au yeux du public une fonction peu astreignante, bien rémunérée, mais dont il n’a pas été prouvé jusqu’à ce jour qu’elle ait fait plus de bien que de mal.

Ne pas subir le vocabulaire prétentieux et compliqué de certains intellectuels qui pensent ainsi pallier l’incohérence de leur pensée.

Ne pas subir les exigences les plus imbéciles des adolescents sous le prétexte stupide qu’ils «ont des choses à nous dire, ces jeunes tellement matures».

Ne pas subir toutes les modes avec l’idée qu’elles doivent être excellentes par la seule vertu de leur nouveauté.

En trois mot: NE PAS SUBIR.

Et  pourtant…

Depuis que la loi se mêle de «réguler» la liberté d’expression, nous sommes ou serons bientôt obligés, à moins d’éprouver un goût particulier pour les ennuis, chose que nous laissons aux âmes héroïques, de

SUBIR.

Subir l’intolérable intolérance des apôtres de la tolérance.

Subir la prétention des groupes minoritaires à un traitement de faveur.

Subir dans un proche avenir une mascarade baptisée «mariage pour tous» avec ses dérives fondées sur le «droit à l’enfant».

Subir qu’il soit possible de changer de sexe sur simple déclaration à l’état-civil, sans intervention chirurgicale, ce qui donnera parfois des situations surprenantes, par exemple quand «Monsieur» mettra au monde des enfants issus de la semence de «Madame» – seul avantage: l’inégalité numérique entre les sexes pourra être corrigée!

Des centaines de citoyens, nous le savons, ressentent confusément ce que nous venons d’exprimer, mais souvent n’osent l’avouer de peur de ne plus être «dans le coup», par souci de ne pas montrer qu’ils n’adhèrent pas aux dogmes de la «pensée» correcte.

C’est pour eux, c’est pour vous que Le Pamphlet a été conçu. Il est là depuis cinquante ans pour vous rassurer: contrairement à ce que beaucoup de gens croient, les articles des journaux et les commentaires qui fleurissent sur les réseaux sociaux ne sont pas toujours TRÈS intelligents.

Et si le bon sens n’a plus beaucoup de droits, il n’est, grâce au Ciel, pas encore tout à fait mort.

Mariette Paschoud

Thèmes associés: Coups de griffe - Humeur - Médias - Société

Cet article a été vu 710 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions