Louise Cougnard

Notre meilleure ennemie, Mme Louise Cougnard, commence à nous écrire en avril 1971. Bien que refusant de s’abonner, elle s’adonne à la lecture du Pamphlet, qu’elle trouve chez son beau-fils. Au fil du temps, elle nous fera connaître sa parenté et sa descendance. Infatigable censeur, elle a tenté en vain de nous remettre sur le droit chemin.

Au courrier du «Pamphlet» (avril 1971)

Monsieur le Rédacteur,

Puisque vous n’avez pas voulu publier mon article satirique sur le déplacement de l’arrêt du trolleybus de l’avenue Béthusy, je vais vous dire tout net ce que je pense de votre sale feuille de choux.

D’abord, vous écrivez des tas de méchancetés sur les journalistes que vous accusez de «dénigrement» (comme si vous ne pouviez pas parler comme tout le monde!). Eh bien, ça n’est pas vrai. Je lis tous les jours trois quotidiens (et pas seulement la page des sports comme mon mari) et pourtant je suis parfaitement intégrée aux structures de la société de consommation. Vous pouvez me croire, et d’ailleurs c’est mon coiffeur qui me l’a fait remarquer, et il est abonné au Figaro littéraire.

Et puis vous racontez des tas de cochonneries que je n’oserais pas répéter sur M. Henri Guillemin qui est un grand historien. C’est sûrement parce que vous êtes jaloux parce qu’il cause mieux que vous.

Et puis, vous ne savez pas ce que vous voulez puisque d’un côté vous dites que vous êtes pour le service militaire et de l’autre côté vous rouspétez toujours sur les colonels. D’ailleurs, avec vos histoires de service vous cassez les pieds à toutes les femmes qui sont assez bêtes pour vous lire, et votre Oswald on s’en fiche.

Ce n’est pas comme M. Pilet qui est un si gentil garçon plein d’avenir, intelligent et tout. Il m’a envoyé sa photo, mais il est encore mieux au naturel, car il est tout beau bronzé depuis qu’il est rentré du Brésil.

J’ai décidé que mon fils se laisserait pousser les cheveux, parce qu’il a dit que les cheveux courts ça fait fasciste et que j’ai toute confiance en lui.

Alors voilà, je ne veux pas m’allonger davantage. En tout cas, vous savez pourquoi je m’abonnerai pas à votre torchon.

Salutations.

Louise Cougnard

 

L’avis de Louise Cougnard (2020)

Retranscription d’une séance de spiritisme menée à terme au domicile de Samantha Cougnard le premier décembre 2020.

Madame Irma, voyante, mène la séance. Vers 22h12, ses yeux deviennent blancs et une voix d’outre-tombe franchit ses lèvres:

Ma chère famille, je vous ai entendus. C’est bien moi, Louise, votre bien-aimée grand-mère. Je vous parle de l’au-delà ou je passe un délicieux séjour. Le paradis est formidable, on y trouve tout le confort dont on peut rêver, bien que la température soit parfois un peu élevée. Je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée de communiquer avec le monde des vivants pour envoyer un message à la rédaction du Pamphlet dont je sais, car on sait tout là-haut, qu’il va célébrer son cinquantième anniversaire:

Madame la rédactrice en chef,

Il y a de bien nombreuses années, je tentais, en vain malheureusement, de vous faire entendre raison et de vous faire voir la vérité. Le monde dans lequel vous vivez doit devenir un lieu de paix et d’harmonie grâce à la marche inaltérable du progrès qui va toujours dans le bon sens. Le fédéralisme est une ineptie du passé qui freine la centralisation nécessaire à l’efficacité de l’Etat. Le féminisme vaincra parce que ça ne serait quand même pas juste que les femmes continuent à gagner moins que les hommes pour le même travail. Et en parlant de travail, il faut continuer à protéger les employés contre les sales patrons qui profitent pour s’en mettre plein les poches en exploitant les travailleurs.

De toute façon, votre sale feuille de chou ne doit plus intéresser personne. Qui voulez-vous qui vienne vous lire avec tous les contenus intéressants qu’on trouve sur Youtube et Netfllix? Je suis toujours parfaitement au courant des dernières nouveautés, comme de mon vivant, toujours à la page! Et je suis sûre que mes arrière-petits-enfants en savent plus que vous sur tout grâce à Wikipédia. Il n’y a guère que mon imbécile de gendre qui continue à recevoir votre newsletter chaque mois, mais chaque fois ça fait des histoires pendant les réunions de famille et il se prend de bec avec Samantha, qui est une jeune fille charmante, militante au parti socialiste et qui travaille dans une ONG pour l’immigration et le climat. Tout mon portait cette petite, elle ira loin.

En espérant que vous cesserez bientôt de diffuser vos idées nauséabondes et rétrogrades, je vous prie de recevoir, Madame la rédactrice en chef, l’expression de mes sentiments distingués.

Feu Louise Cougnard

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